• Doux-amer

    Numériser0012
    Je t'ai laissé partir

     

    Pourtant

    Le grain de lumière

    Tremblait au bord de la tasse

    L'instant dansait sur son fil

    Les arbres ouvraient leurs paupières

     

    Mais soupiraient aussi

    Nos voix remuées

    L'aile du vent bleu

     

    Je t'ai laissé  partir

    Trop fort était le Désir

  • La fileuse

    Numériser0010
    Claire près de la fenêtre

    file la lumière

    elle démêle aussi

    les cheveux bleus des voix

    le mystère des fleurs qui poussent

    elle lisse la danse de la brise 

    qui vogue ainsi

    plus douce 

    sur la mousse

    verte du jardin

     

    du bout de ses mains habiles

    Claire défripe

     les couronnes de la vie

    elle délie aussi 

    parfois

    le souffle des nuages

    elle soulève les cils du ciel

     

    chaque matin

    je visite Claire

    quand elle me voit

    elle se lève

    et me sourit

    de tout son visage

    elle marche lentement vers moi

    en ouvrant les bras

    et elle me murmure

    au coin de l'oreille

     

    -J'ai un peu froid

    malgré le soleil

    regarde

    des taches dévorent mes mains

    des fleurs de cimetière on dit

    ne me trouves-tu pas

    trop pâle

    j'espère que demain

    comme aujourd'hui

    je serai là

     

    alors je la rassure

     à mon tour

    je lui murmure

    ne t'inquiète pas

    intimement dans mon coeur

    je le sais

    demain Claire ouvrira

    sa grande fenêtre

     

    et si elle vient

    à disparaître

    pour le temps rond de l'amour

    je la verrai

    là-bas

     sourire dans ses pommettes

    et filer sans fin

    la rêverie jeunette

    de la joie claire

     filer encore

     et toujours

    la belle lumière

                            sonore

                                             du Jour

  • Evasion

    Ah! Lire! Lire encore

    partout et toujours!

     

    Lire dans les neiges d'un songe transi

    ou aux fenêtres fleuries du printemps

     en mon voile de solitude ensevelie

    mais effleurée par un mot aimant

     

    paume des voix devenir

    et subtilement cueillir

    l'ultime clin d'oeil du jour

    le rire de son iris blanc

     

    lire tout au bout des lampes et des heures

    à l'orée des astres de chair

    fidèle veilleuse au seuil du coeur

     bercée dans la conque des univers 

     

    m'offrir aux plis tendres du temps

     suivre l'exquise courbe de l'histoire

    lire au-delà du tain blême des faux regards  

    des vanités qui scellent le firmament

     

    et danser éblouie

    sur la voie jeune d'une autre vie

    la joie neuve d'un autre amour

    Ah! Lire encore! 

     

    Lire sans trêve 

    l'oracle des pages d'or 

    qui partout volent et rêvent 

                             mais demeurent toujours! 

  • Evanescence

    plus je te pense

    et moins je suis

     

    tu me délaces

    tu me délaisses

    tu me dissous

    et j'épouse

    la fêlure des vents

     

    MOI

    plus fine

    que le fil d'une note

    une dent d'étoile

    une larme d'ondine

    paille invisible

    pour l'iris du monde

     

    MOI

     plus fugace 

     que la pointe d'une plume 

    sur la nuque des voluptés

     soupir de papillon

    brûlé par la lampe vive

    des vérités

     

    rayon défloré

    d'une lune obscure

    et muette

    divisée émiettée

    semée éparpillée écartelée démultipliée

    MOI

     

    mes doigts d'amour

    et de murmures

     mes lacets de senteurs

    en ton échancrure

    se délient à jamais 

     

    te penser

    c'est m'effacer

    en ta forme merveilleusement pure

     

  • Tourment

    -Une tache de vin

    Sur la nappe des noces

    -Oh ce n'est rien

    A peine une goutte de sang

    A la frange d'un songe blanc

     

    -Les voix s'éloignent

    Dans la poussière du chemin

    Ne dirait-on pas

    Que l'iris neuf du jour

    Tristement s'éteint?

     

    Un éclat brisé sur la terrasse

    Mon Dieu Est-ce vraiment

    Le rayon violet

    D'un verre qui se fend?

     

    -Abandonne-toi ma jeune épousée

    Tu bois déjà l'âcre coupe de demain 

    Rien ne délivrera l'étoile de ta patience

    Qui demeurera longtemps

    Longtemps en mon ciel amarrée

     

    Que les yeux frivoles des autres

    Nous laissent enfin seuls

    Que la brise des beautés dissoutes

    Emiette larmes rires et feuilles

     

    Mes bras jaloux ceignent ta taille

    Ensemble rejoignons la chambre

    La verte chambre enclose

    Au lit de lune obscure et de vénéneuse extase

     

    Notre baiser geindra ma très chère

    Sur les cordes muettes de la lente nuit

    Rouge carmin des vignes de mort

    Corolle froissée des anciennes azalées 

     

    Tu m'appartiens désormais

    Toi mon frêle cri d'étincelle

    A la si fine pointe

    Insidieuse de ma lame

     

    -Une tache de vin

    Sur la nappe des noces

    Ô! Quelle peine!

    C'est le souffle tiède

    Du sang épanché

     

                        Le sanglot vermeil 

                        D'un songe noyé...