• rive

    La rame caresse l'eau

    -là-bas trois silhouettes -des feux qui brûlent -la brume lente -ce souffle sur les visages -des voix qui flottent -une bougie à fleur de ciel -des mains d'offrande -puis ce frisson épuré

    quand la rame se repose

    aile encore ouverte...

  • L'ambitieux

    le lierre est si confiant

    il grimpe obstinément

    il dévore les fenêtres

    se nourrit d'insectes 

    d'oiseaux d'araignées

     -d'ailes et de pattes

     fluettes

     

    bientôt

    il dépassera

    le ciel humain

     tout l'univers

    bruira

    dans cette étrange

     nuit verte

     

    le lierre

    est plus patient

    que le temps 

    il se délecte

     en cruel amant 

    du lent abandon

    de la lumière 

  • beautés du jour

    une secrète chanson d'enfance 

    du gris sans tristesse

    l'envie d'écrire tout le jour

    un chant d'oiseau dans la cour

    une porte ouverte

    sur cette amitié indéfinie

    venue de plus loin que moi-même

    et puis mon coeur qui bat

    qui applaudit

    la douce revanche de la Vie

  • dîner

    je dépose 

    au seuil de la porte

    mon panier doux 

     

    je m'assieds près de toi

    en silence

    nous mêlons nos doigts

     

    tandis que chante

    sur le réchaud gris

    l'eau du riz

  • devinette

    je suis

    l'étoile close

    l'oeil oublié

    de l'eau

     

    cherchez-moi

    je vous prie

    dans le sommeil 

     des choses

     

  • espoir

    un caillou contre le volet

    l'ongle du reproche

    puis

    ta main sur mon épaule

    -l'oiseau retrouvé 

  • attente

    le cerisier

    est très rouge

    aujourd'hui

     

    -rouge aussi

    ma bouche 

    sans ton baiser

     

    le prochain jour

    pourrai-je 

    refleurir

    d'amour

     

    -plutôt pleurer

    sous la douce 

    neige rouge

     du cerisier

  • épurée

    j'aime marcher

    sans mes souliers

    dans l'herbe mouillée

    l'avenir le passé?

    des voix endormies!

    seul vit

     le temps de la rosée

  • double

    L'ombre est noire et bleue.

    La lampe tremble un peu.

    La chambre m'attend.

    J'entre. Je ne veux pas y dormir...

    -peur du songe en ces draps lisses 

    -peur du sang

    des roses étouffées... 

    Un collier de perles -accroché au miroir- m'attire;

    je m'avance encore; ô ce charme avide! 

    Collier blanc- lune égrenée -une main s'approche - très lentement- 

    de mon cou...

    Voici mon ombre

                           à genoux. 

  • curieuse

     

    Numériser0008

    ce n'est presque rien

    un petit jeu du jour

     

    l'arbre par la fenêtre

    offre ses mains

    l'eau de la bouilloire

    bavarde avec le temps

    même le vieux bahut

    ne ronchonne plus

     

    le verrou a cédé 

    doucement

    la porte bat

    sur le jardin

     

    et si on ouvrait chacun

    la boîte de notre enfance?

  • graine

    ne me demande pas

    pourquoi ma folie

    je te dirai simplement

    que l'instant est guéri

  • beauté

    jour après jour

    je m'éclaire

    au regard

    de ton silence 

  • A mille mains

    la plume est là

    secrètement posée

    à l'orée du matin

     

    les feuilles du vent

    lui murmurent 

    des mots à rire

    des mots à pleurer

     

    il faudrait les écrire

    avec toutes les gouttes

    de l'été

    tous les voeux

    des voix bleues

     

    mais

    ô patience

     

    la plume songeuse

    un peu ivre déjà

    ne se décourage pas

     

    elle attendra

    jusqu'au soir

    en silence

    que tu viennes t'asseoir

    au bord de son histoire

     

    Ce poème a été écrit pour le recueil de "blog à mille mains".

    Merci, Saravati, pour ce partage ludique et littéraire!

     

  • Après le thé...

    j'adore

    du bout de l'ongle

    caresser

    au fond de ma tasse

    la tendre trace

    du sucre mouillé

     c'est comme si 

     j'invitais à danser

    en une seconde

    tous les grains

    du Monde 

  • Page blanche

    l'aube paraît

    plus claire

    sous la véranda

     

    la page attend

    que vienne la plume

    mais je ne t'écrirai pas

     

    seule

    je demeure

    au bord des heures

  • Imperceptible

    aujourd'hui

    une étincelle

    habite

    l'eau des fleurs

     

    le tissu jaune

    des regrets

    vole avec

    le mot délivré

     

    prière d'étoile

    née de sa cendre

    ainsi

    mon coeur rit

  • Etrangeté

    c'est curieux

    comme tout semble pareil

    et différent

     

    le rideau blanc

    respire 

    toujours

     

    mais un autre temps

    frémit

    sur la soie 

                        du Jour

     

     

  • Lucidité

    Numériser0005

    je ne dors pas

     

    il me faut

    caresser la nuit

    suivre l'oeil

    habile du rêve

     

    sans fin polir  

    les cailloux des silences

    aimer la bonté

    inouïe des larmes 

     

    en l'exquise patience

    ainsi veiller  

    désaltérer l'ombre

    ardente du monde 

  • Lointaine

    Je te téléphone de Pékin

     

    Et ta voix danse

    Sur le fil du monde

    Notre conversation respire

    Comme un astre ouvert

     

    Je fais confiance à la nuit

    Le corps lent des mots

    Grandira c'est certain

    Dans les plis de l'absence

  • Nada

    Numériser0002
    je ne veux rien

     

    je désire seulement

    dormir dans l'ombre

    avec mon amant

     

    et après

    la bonne étreinte

     

    écouter 

     

    le chatouillement du vent

     entre les volets

     

    le grain des rires

     sur la marelle 

     

    le pas du jardinier

    troublant la sieste

    blanche des cailloux 

     

    appartenir

    toute entière

    à cet instant

     

    je ne veux rien

     

    je désire seulement

     comme Toi

                  mon amant

    caresser

                           l'ombre des fleurs

  • J'ai rangé...

    J'ai rangé dans ma mémoire 

    Les pétales des choses

    Grises devenues

    Les feuilles et les pensées 

    De mes amours finies

    Le dérisoire chiffon

    De mes illusions

    Et maintenant?

    Maintenant je vis