• espoir

    j'ai peur de traverser

     le vent et la pluie

    peur de rentrer chez moi

    sans bougie

    avec la solitude

    pour amie

     

    mais voici

    que dans la nuit

     de mes oreilles

    et de mes yeux

     

    vole le pétale

    d'une asphodèle

    éclôt l'aile 

    bleue de l'espoir

     

    et s'élève

    l'étrange vérité

    d'une voix

    qui vous parle de moi

     

    -pourquoi pleurer?

     

    demain

    quand tu t'éveilleras

    tu verras

    danser ton âme

    dans le calme

    reflet du thé

  • rupture

    c'est fini  

     

    j'ai déchiré ton numéro

    ces chiffres qui me promettaient

    des parfums maudits

    des ivresses amères

    des soleils interdits

     

    ils ne sont que petits

    bouts de papier

    mesquins et dérisoires

    aux bords arrachés

    vieux fragments d'histoire

     

    ta voix a perdu

    toute sa magie ce soir

    elle ne me fera plus de mal

    je peux converser

    avec les étoiles

  • éphémère?

    au bord d'un quai

    une fleur

    -frêle bouton d'or

    beauté

    seule et singulière-

     

    s'accommode avec grâce

    du vent âcre

    qui court sur les rails

     

    qu'importent

    la poussière la fureur

    les roues rugissantes

     

    elle ne sent que 

    l'effleurement

     de leur passage

     

    elle éprouve ainsi

    la fierté du monde

    la patience des jours

     

    et s'émerveille

    encore

    d'être là

     

    maintenant

    demain

    toujours

     

    pour l'oeil de l'aurore

    l'aile du papillon

    pour chaque vie

     rêvant au bord

                             d'un quai

  • retour

    Nous serons de retour

    au premier frisson des fougères

    quand les yeux flétris des fleurs

    se détourneront de nos coeurs

     

    Nous amarrerons la barque

    à l'ancien pont de bois vert

    parmi les nénuphars gris

    et les herbes fluettes

     

    La main sur ton épaule

    je contemplerai cet azur désuet

    qui pauvrement s'évapore

    au détour du chemin mouillé

     

    Ô nous rentrerons bien avant

    que ne s'égrène l'âme du vent

    les lèvres avides de la terre

    boiront la trace de nos pas

     

    Nous ne nous dirons rien

    de ce secret chagrin

    mais entre mes doigts craquera

    la douce brindille du matin

     

    Alors je te soufflerai le parfum

    de l'abeille disparue si tôt

    et ton regard se perdra très loin

    dans l'ultime beauté du tableau

  • présent

    Il me dit:

     

    seul importe

    le présent de ton visage

     

    cette bouche et ces yeux

    qui veillent très tard

     

    c'est la certitude

    secrète et enclose

     

    d'exister

    pour l'âme de chaque chose 

  • reconnaissance

    la mèche du rire

    tremble

    dans la nuit

     

    ô ce visage

    si proche

    de mes mains

     

    mon chagrin

    s'évapore

    derrière le voile d'or 

  • coquin

    pendant mon bain

    un pigeon bleu

    à la fenêtre

     

    une oeillade

    un signe d'aile

    à la dérobée

     

    puis ce frisson

    le doux voyeur

    s'est envolé

     

  • voix

    Invitez, je vous prie, la voix de l'Ami!

    Lampe ardente, elle cherche votre âme n'importe où, dans les rues, dans les gares.

    Robe délacée, elle danse au-dessus de votre sommeil.

    Elle vous adresse un signe de bonté au-delà de toute parure.

    C'est la force du rire dans les larmes, la main des mots qui s'écrivent sur les pages de la Nuit, le poème qui apaise la mauvaise solitude...

    Chevelure des neiges et des printemps mêlés; caresse gantée d'étoiles; graine détachée des prairies...

    Ouvrez tous, je vous prie, vos grilles rouillées, vos coffres obscurs, vos chambres craintives, vos salons secrets.

    Brisez les serrures, les cadenas, les verrous; que les chaînes cèdent, que les portes chancellent sur leurs gonds et battent comme votre coeur au seuil d'une éternité reconnue.

    Invitez, je vous prie, la Vie!

    Que chaque voix s'éveille dans la voix de l'Ami!

  • amabilité

    j'espère que vous me garderez

    tout au long du temps

    dans la maison des dimanches

                            une chambre cachée

                             avec une lampe

                                           pour écrire

     

    un lit profond comme un souffle

    quelques livres très vieux

    une chaise et une table de bois

    une plume déposée

    par l'oiseau de joie

    et derrière le doux rideau

    de l'attente

    d'invisibles yeux

    qui me regardent

     

    j'espère qu'il me restera toujours

    des pages

                  et des pages

     

    pour vivre

    dans la maison des dimanches

    cette blanche

                       rencontre

                       entre les mots et le monde

  • évasion

    Ferme les yeux

    et songe

    songe au vol radieux

    des papillons rouges

  • histoire

    Numériser0003
    tout est là

     

    le chat se roule

    en boule

    la pendule chuchote

    la corbeille brune

     nous offre ses prunes

    les anges de la nappe 

     font un petit 

    clin d'oeil

    le vin rose

    luit dans nos verres

     

    c'est une très douce

    patience 

    que celle des choses

     

    même la fidèle

    mouche verte

    s'envole

    par la fenêtre

    pour nous laisser seuls

     

     vive 

    la bonté

    de cette vie ouverte 

     

    quand

     mon coeur

    mes mains

    mon regard

     

    écoutent

    battre

    sans fin

    le coeur

    de ton histoire

     

      

     

               

  • absence

    tu peux t'enivrer

    de la vie et des autres

    jamais tu ne retrouveras

    la beauté de mes sanglots

    quand je t'aimai

  • confiance

    Laura n'allume pas les lampes

    car elle reconnaît l'essentiel 

    dans le miroir de ses mains

     

    Laura veut croire

    que là-bas

    au pays des vérités 

     

    respirera 

     la réconciliation étoilée 

    de toute l'humanité

                       

  • retrouvailles

    l'ombre dénoue

    ses longs cheveux

    le soir me suffit

     

    je converse en silence

    avec mon ami doux

    Hector le chat roux 

     

    comme il est bon

    de n'attendre personne

    cette fois

     

    je vais enfin

     dormir dans les bras

    de ma propre rencontre

     

     

    Ce petit poème a été écrit pour le festival la croisée des blogs dont le thème est "s'aimer soi-même"; il figure sur le site www.lebonheurpourlesnuls.com.

    Merci pour ce formidable blog!

    Geraldine

  • les pas du jardinier

    Comme le jardinier vient tôt!

    Les cailloux de l'allée craquent sous ses pas; la vieille voix de la remise grogne; les dents du râteau martèlent l'escalier gris; la pelle tinte contre le muret.

    Puis, c'est le rythme rapide d'une douleur qui soulève la terre. Un sécateur entaille le lierre; une branche de vigne vierge gémit. 

    C'est aussi la plainte sèche des mauvaises herbes arrachées.

    Enfin le doux larmoiement de l'arrosoir; un soupir égoutté; il me semble entendre après la blessure un frisson d'amant; une caresse s'enroule autour  des feuilles et des fruits.

    Je devine que s'attendrissent les écorces; le jardin pleure et rit comme une émotion délivrée.

    Et soudain...

    le silence ouvert d'un coeur: 

    voici le moment secret 

    où se confient les fleurs...

    Le jardinier part toujours assez tard, 

    quand les arbres oscillent

    entre veille bleue

                             et rêve noir.

              

  • mémoire future

     je suis libre!

     

    vive le regard

    de l'onde sur les pierres

     le bleu de la lavande

    la conversation des fleurs

    vive l'effilé murmure

    du jour futur

     

    ma mémoire ?

    vent envolé!

    mais

    qui vient?

     

    une seconde

    à écrire

    un sourire

    à respirer