• absence...

    Mon cahier me manque.

    Il doit se sentir très seul, lui aussi, dans cette valise égarée à l'aéroport.

    Mon cahier me manque, plus que ma brosse et mon dentifrice. 

    Je suis incapable de dormir et de rêver. Souffle blanc des heures.

    Je laisse la lampe éteinte à mon chevet puisque je ne recevrai pas mon ami.

    J'ai le coeur gercé.  Mon âme traverse la soif profonde du temps, un pays de muette patience. 

    Dites-moi, je vous en prie, où sourit le visage des mots...

    Mon stylo attend, lui aussi, comme un orphelin.

    Mon stylo sans mon cahier n'est rien. 

    Rencontrer d'autres pages?

    J'ai essayé... au nom d'un espoir fou.

    Ce matin, sur le marché aux mille couleurs, j'ai acheté un bloc de feuilles très fines.

    Mais le carton jaune de ce dernier n'a pu rivaliser avec le cuir doré de mon cahier.

    Et ma plume s'assèche.

    Irrémédiablement, elle s'éloigne en amante déçue,

                de ce grain de peau inconnu.

     

    Geraldine 

  • fantasque



    Quand les lampes s'éteignent

    Arthur cesse d'être sage

    et il voyage

     dans le rêve des feuillages 

     

    il aime l'enfance

    de la nuit

     il démêle alors

    son long murmure

     

    il sautille 

    de gouttes en sanglots

    de fleurs en parfums  

    d'étincelles en étoiles

     

     il croque en passant

    un fruit bleu

    une noix verte

    une fève claire

     

    et la lune le guide

    au pays de vérité

    où les yeux des arbres

    connaissent son âme

     

    Arthur vole ainsi

    loin des fenêtres 

    de la Grande Ville

    puis il revient chez nous

     

    déposer un soupir 

    sur nos draps doux

     

    le 30 Juillet 2010

    Geraldine

     

    Musique: Le Peuple migrateur de Bruno Coulais

     

     

  • couleur du temps...

    Numériser0016.jpgLa couleur du Temps m'étonne aujourd'hui.

     L'heure est habitée par les mésanges, les abeilles, les taches de rousseur du soleil, le yeux du chat.

    De la véranda, je pourrais toucher l'hortensia.

    Personne ne me dérange. Je n'attends qu'un signe de toi...

    Alors, j'écris.

    Les mots me viennent si facilement qu'ils m'effraient un peu.

    J'ignore s'ils me sont soufflés par le jardin ou par tes lèvres invisibles.

    Est-ce que tout cela importe?

    Un frisson quelque part. On a annoncé de la pluie en fin de journée.

    Mais on n'a pas prédit mon silence.

    Alors, j'écris.

    Et cette force au bout de ma plume attendrit toutes les écorces.

     

    le 28 Juillet 2010

    Geraldine

     

     

     

  • tranquille!

    On a tiré

    le rideau

     doux

     de bambou

     

    Le canari vert

    qui m'agaçait hier

    se tait

    aujourd'hui

     

    Même le Temps

    se promène

    sur la pointe

    des pieds

     

    Sans peine

    je m'endors

    en faisant

    de la Poésie

     

     

     

    Geraldine

  • fluide

    Le sang des poèmes

    coule de mon âme

    ne suis-je pas une femme?

     

    Geraldine

  • songe

    Ciel sans lune

    le souffle se prolonge

    dans mes mains

    sentirai-je

     la fin

    de votre absence?

     

    Geraldine

     

  • insouciante

    La flaque

    grandit

    sur le chemin

     

    mais tu avances

    sans souci

    tu cueilles la pluie

     

    Geraldine 

     

  • autonomie

    La Vie

    me suffit

     

    étincelles

    brindilles

    et toutes ces bulles

    qui n'éclateront pas

     

     votre pas

    chemine

    loin de moi

     

     Mais

    la Vie

    te suffit

     

    me dit

    tout bas

    mon coeur

     qui bat

     

    Geraldine

  • heure rouge

     Numériser0013.jpg                                            Je me souviens des clairs jours de juin sous la tonnelle

     l'or des abeilles et le rouge des fraises

    Je me souviens de peurs innocentes

     l'insecte bleu sur le gilet de Grand Mère la canne mystérieuse de Grand Père

    Derrière le feuillage Zoé le cheval nous regardait

    Dans le ciel d'été passait un nuage 

    Ô le bonheur sage

     

    Je rêve aujourd'hui d'étranges baisers

     pourrais-je retrouver sur ta bouche 

                     le beau rouge doré

                     d'un après-midi d'été?

     

     

                      Geraldine

     

     

     

     

     

     

  • petite lecture!

    Que vois-je 

    ce matin

    par la fenêtre

    ouverte

    de la bibliothèque? 

     

    un merle

    qui picore 

    l'herbe

    et la rose

    qui grandit encore! 

     

    Le murmure

    du soleil

    se pose

    sur le sommeil

    des reliures...

     

    Sinon

    pas d'autre visiteur

    dans la bibliothèque

    si secrète

    en sa coque...

     

    l'or des livres

    tolère le souffle

    d'une page

    que l'on tourne

    mais, ô sacrilège!

     

    Le temps soudain

    s'est froissé

    le merle a ri

    puis s'est envolé...

    aurais-je touché

     

    l'âme

             d'un Poète? 

  • étrangeté d'un instant

       

    Numériser0010.jpgOn ne sait

     s'il faut partir

     ou rester

     

     

    les joues des pêches

    cachent sans doute

    un noyau d'or

    mais l'aile inquiète

    d'un frisson passe

     

    Sur la nappe

     le pain s'effrite

    les billes des rires

    roulent encore 

    puis s'échappent

     

    Dans la cuisine

    Marthe s'impatiente

    les clés du bahut grincent

    les tiroirs grognent

    les bassines ronchonnent

     

    Au salon Marie

    égrène sa sonatine

    une main froisse

    comme un oubli

    la page du journal

     

    Sylvie retient un sanglot

    Simon et Laure s'embrassent 

     en leur chance solitaire

     Arthur dérive

    dans le songe de son roman

     

    La liqueur est amère

    la cannelle du thé

    sera plus douce

    qui en boit?

    on ne sait

     

    On entend tinter

    le carillon de cinq heures

    Et toi? Et moi?

    Il ne fait pas assez jour

    dans notre coeur

     

    Il est toujours

     trop tôt ou trop tard

    pour le Bonheur

     

                                        le 20 Juillet 2009

                                        Geraldine

     

     

  • volonté



     

     

     

    Ce soir

    je rendrai visite

    à l'Ami

    quelle que soit

    la couleur de l'heure

    j'irai jusqu'à sa maison

     

    oh! les buissons sournois

    peuvent bien m'agacer  

    la senteur des herbes

    m'irriter

    les frissons de la nuit

    m'anéantir

    le vent secouer sa grêle

    les nuages verser leur rancune

      j'irai

     

     je suivrai en moi

    ce petit chemin clair

    et lorsque je verrai

    danser les lanternes

    qu'Il aura accrochées

    à son balcon

    j'entendrai ma Vie

    carillonner

    comme une veillée de Noël

     

    ce soir

    je toucherai

      l'épaule de mon Ami

    la douce lueur

    de sa lampe intérieure

    me manque tellement

    et puis

     cela me fut promis

     

    Il est l'heure  

    pour mon coeur

    d' apprendre

     à lire

    le visage des silences

    en Sa Compagnie

     

     Le 19 Juillet 2010

    Geraldine

     

    Voix amie: Loreena Mc Kennitt

  • petites nouvelles...


    Toi, mon ami,

    dis-moi,

     

    Le sapin s'incline-t-il

    toujours autant

    pour saluer le toit?

     

    L'ombre du jardin

    raconte-t-elle secrètement

     ses histoires?

     

    Les notes de la terre

    pénètrent-elles  

    la paume qui joue?

     

    Et le bois?

    Sent-il bon

    dans les chambres?

     

    Et les rêves?

    Courent-ils entre les poutres

    comme ces souris d'autrefois?

     

    Les fleurs du pommier

    conversent-elles encore

    avec le visage de la fenêtre?

     

    L'eau de la petite source

    dévale-t-elle

    l'escalier de pierres fines?

     

     As-tu, mon ami,

    des nouvelles de chez-moi?

    Je t'en prie, dis-moi

     

    que l'âme

    de chaque chose

    n'a pas d'âge

     

    et que l'Enfance

    aura le courage

    de m'attendre

    avant de se taire

    sous la cendre!

     

    Geraldine

     

    Musique: Tao; Music for relaxation

     

  • imminence

    Numériser0006.jpgL'herbe se ride un peu

    le fruit est si mûr

    qu'il fond entre les doigts

    et tache le cahier

     

     les parasols

    tremblent dans l'air jaune

     l'oiseau vole bas

    avant son départ

     

     mais rien n'est fini

     moi j'écris 

    la conscience

    de la Vie

     

    Geraldine

    Musique: Landmarks de Clannad

  • complicité



    main dans la main

    nous suivons

    le cours serein

    de la rivière

     plus tard

    quand les couleurs

    du grand soir

    auront changé

    nos coeurs

    se souviendront

    avec volupté

    combien 

    la main

    du Temps

    nous a aimés

     

    Geraldine

    Musique: The tao of love de Vangelis

  • vacances

    je me promène dans la senteur des ramilles

    où vais-je? nul ne le sait

    même le chien Gaspard perd la trace de ma rêverie blanche

    il y a tant de nuages à regarder de gouttes à compter d'ailes à écouter

    il y a tant de temps à aimer en silence

    et puis il y a ce rayon insolite pour lequel j'ai si souvent veillé -doux fils tissés d'une secrète araignée 

    je me promène humblement sur le sentier des pensées

    seule mon ombre m'accompagne

  • consolation

    Arthur est vraiment

    très en colère

    sa soeur Marie

    n'a pas de coeur

     

    elle lui a volé ses billes

    de toutes les couleurs

    et les a cachées

    dans des nids d'oiseaux

     

    Arthur pleure

    que faire

    ses larmes noient mon âme

    ne pleure pas Arthur

     

    je t'en prie

    j'irai chercher pour toi

    des vérités plus belles

    que tes billes

     

    des pépites de soleil vert

    des grappes astrales

    des étincelles d'anges

    des bulles étranges

     

    mais deux billes

    auront ta préférence

    car elles brilleront longtemps

    dans le silence

     

    mes yeux

    d'or bleu 

    quand je te souris

                            garde-les à vie 

  • tableau

    l'ombre coule

    mon ami

    comme une encre

    de Chine

     

    si tu veux

    dessinons 

    nos visages

    dans la nuit

                  

  • fragile?

    il me vient ce matin

    un étrange désir

    revêtir ton chandail

    au petit déjeuner

     

    caresser la senteur

    d'une folie ancienne

    écouter ton sang

    dans le secret de la laine

     

     la tasse est pleine

     de larmes hélas

    ton souvenir vraiment 

    me donne froid

     

     je préfère l'amitié

    nue et seule

    mais si fidèle

    de mon corps

     

     m'effleure le frisson

    d'une autre flamme

    devenir cette femme

    qui vit encore  

     

    je quitte ton chandail

  • calme

    Arthur et moi

    nous goûtons

    le souffle tiède

    de l'azur

     

    la lumière dore

    les lèvres

    ouvertes

    de la pastèque

     

    l'eau tremble

    légère

    comme la grâce

    d'une larme

     

    Marie joue

     avec sa poupée rouge

    parmi les herbes

    et les fruits mûrs 

     

     fermons les yeux Arthur

    c'est le repos

    des mots

    avant le grand murmure

  • l'enfant

    Arthur rentre de sa promenade

    il y a dans ses cheveux

    du foin des feuilles

    des parfums d'herbe secrète

    des pétales

    et peut-être des étoiles

    sa bouche est claire

    d'avoir goûté l'air bleu

    Arthur est fatigué maintenant

    alors nous nous asseyons

    tendrement dans le soir

    et nous feuilletons

    un livre d'histoires

    qui raconte d'autres départs

  • la fenêtre ouverte...

    la fenêtre ouverte

    invite toutes les voix

    mais Arthur rit

    plus fort et plus clair 

     

    quand sa joie touchera

    les fleurs du ciel

    il achèvera

     son très long rêve

     

    je sais alors

    que nous lirons ensemble

    d'une seule voix

    près de la fenêtre

     

    l'âme ouverte

    de tous les poèmes