• Je lis dans la neige la page du jour

    Sur le rebord de la fenêtre

    huit virgules fines

    et vingt petits points

    c'est la mésange

    qui a picoré

    quelques miettes

     de pain

     

    Au seuil de la porte

    une ligne épaisse

    s'arrête soudain

    le facteur

    m'a apporté

    le courrier du matin

    en vélomoteur 

     

    Dans le jardin

    je déchiffre

    d'étranges lettres

    Minette

    me raconte

    sa promenade

    avec ses pattes

     

    Et si je prolonge

    mon enquête

    jusqu'à la barrière

    je m'amuse

     des ronds éclatés

    laissés par les bottes

    des écoliers

     

     Hélas je ne vois 

    dans la neige

    nulle trace

    de tes pas

    Notre histoire

    serait-elle

    une page vierge?

    Geraldine

  • Promenade

    Dans tes mains

    s'allume

    un soleil calme

     

    Prends la plume

    et écris

    la longue phrase

                             de ta Vie

     Geraldine

  • Croisée

    Numériser0010.jpgJe demeurais à la croisée des chemins,

    mon falot éteint.

    Désespérée,

    je cherchais quelqu'un

    à mes côtés...

     

    Mais je me sentais bien

    seule!

    Libre

    de respirer

    ou de mourir...

     

    Alors je respirais

    sans compter...

    C'était tout. Etait-ce assez?

    Dans un cri muet,

    je demandai:

     

    Si tu veux

    que je vive

    et que je souffre,

    qu'attends-tu enfin

    de moi?

     

    Une frêle voix,

     unie

    à mon souffle,

    répondit:

     

    Rien

    de particulier.

     Je n'attends que Toi

    à mes côtés. 

     Geraldine

     

  • Un invité singulier

    Numériser0008.jpgJe vous ai donné, hier soir, à la fin de la fête, un précieux numéro de téléphone,

    qui vous permettra de me joindre dans ma maison de campagne.

    Je l'ai noté sur un feuillet quadrillé que j'ai plié en secret.

    Et voilà:

    Ce matin, j'ai ouvert courageusement les volets des sept fenêtres.

    Pour la première fois, j'ai parlé au cerisier que je trouvais sec et avare.

    J'ai arrosé les plantes de la véranda, en leur souriant comme si elles reconnaissaient mon visage.

    J'ai dit bonjour au nuage qui traversait le soleil; mon regard a compris que le ciel était large.  

    J'ai envoyé à la chatte désobéissante -sans doute cachée dans un tronc fendu- ce timide baiser que la brise a bien voulu lui porter.

    J'ai épluché avec patience les longues courgettes du déjeuner.

    Je n'ai pas été contrariée quand le bordeaux millésime 1980 a versé quelques larmes rouges sur les coussins.

    J'ai sorti enfin du buffet la vieille théière de Marthe, avec son bec d'argent recourbé.

    Exceptionnellement, j'ai orné la petite table du salon d'un napperon de dentelle.

    Puis, à toutes et tous,

    à l'ombre bruissante des arbres,

    aux ailes curieuses des oiseaux,

    à l'horloge trop bavarde,

    au bois inquiet des meubles,

    j'ai demandé de se réjouir en silence.

    Je suis prête désormais 

    pour votre appel.

    Geraldine

  • Les choses

    changeront plus vite

    que tu ne le crois

     

    chantonne

    une petite voix

     

    dans la calme demeure

    de mon coeur

     

    Geraldine

     

     

  • Compagnie

    Je peux m'égarer

     et perdre mon temps

    sur toutes les routes

     

    Nulle part je ne suis

    abandonnée 

    ou exilée

     

    Je m'en vais

    très loin

    sans me quitter

     

    car jamais

    je n'oublie 

     mon livre de poésies

     

    Geraldine

  • Je n'ai pas voulu t'apporter de fleurs

    Mon offrande aurait été banale

    Je te donne un gâteau de céréales

     trois pommes   du chocolat   deux petits biscuits croquants

    même si je sais que tu ne mangeras rien de tout cela

     et que les oiseaux les insectes

     profiteront joyeusement de ce repas

     

    Tu me regardes très longtemps sans me voir

     Sous le verre glacé de ce portrait ovale 

     tes yeux sont si pâles

     ton visage s'efface comme une vieille étoile

    Mon coeur battant    trop vivant

     est exclu du pays de ton sommeil

     

    Soudain

     je relève la tête

     toute engourdie encore

     de chagrin et de rêve

    Un frêle rayon vert 

     s'échappe dans les arbres

     

     Je ne peux m'empêcher

     de penser alors

    que ton âme

    se libère

    de mes larmes

    et de mes prières

     

     Geraldine

     

  • Mois ambrés

    J'aime les mois

    en -embre

    Pourquoi?

     

    Parce qu'il est doux

    d'entendre

    ce son roux

     

    qui tremble

    comme une ombre

    sous la lampe

     

    Geraldine

  • A mon coeur

    Dis-moi mon coeur

    pourquoi j'écris

    toutes les nuits

    avec une joyeuse

    douleur

     

     Geraldine 

     

  • Anniversaire

    Demain

    il faudra bien

    se souvenir

    d'aujourd'hui

     

    comment les mains

    se voient

    comment les yeux

    se touchent

     

    Il faudra relire

    l'émotion d'un mot

    la pensée d'un soupir

          à fleur de lèvre     

     

    deviner le pleur

    d'un sourire

    ouvrir l'aile

    d'un murmure  

     

    Demain sera la fête 

    d'aujourd'hui

    et l'anniversaire

    d'hier

     

     Mais en attendant

    de cueillir 

     le souffle clair

    de la mémoire

     

     regardez

    mes amis

    comme la pluie

    mouille le temps

     

    Nous devons hélas 

    nous quitter

    avant que le chemin

    ne s'efface

     

    Aude je t'en prie

    décroche

    dans le vestiaire

    notre manteau

     

    et dépose-le

    tendrement

    sur nos épaules

    comme une ombre

                                 très chère

     

    Geraldine

     



      Musique: Cymbeline de Loreena Mac Kennitt 

  • Précieux

    Ce baiser

    furtif

    que tu as déposé

    hier soir

    sur ma joue

    avant de me quitter

     

    je le glisse

    dans la douce

    échancrure

    de mon chemisier 

    pour que la Vie

    ne le reprenne

                        jamais

     

    Geraldine

  • Système solaire

    Il est des astres

    qui se croient

    infiniment

    importants

     

    et ils ordonnent

    aux astres voisins

    de graviter  

    autour d'eux

     

    avec humilité

    pour mettre en valeur

    la grandeur

    de leur ambition

     

    Il est des astres

    qui se prétendent

    plus lumineux

    que la création même

     

    et ils demandent

    aux autres  

          astres      

    d'être hélas 

     

    des orbes 

    éphémères 

    presque morts 

    déjà éteints 

     

    Ces astres étendent 

    leur arrogance 

    à tout le système

    solaire

     

    Comment en effet

    pourraient-ils survivre

    s'ils n'étaient sûrs

    de briller?

     

    Et les petits astres

    obéissants

    ne voient pas

    combien cette lumière

     

    est noire en vérité

    et qu'elle affaiblit

    leur immortel

    talent de clarté 

     

    C'est ainsi

    que la Nuit

    se poursuit

    indéfiniment

     

     dans l'espace

                                                           et dans le temps

     

                                                            Geraldine

  • Etre

    Ma conscience

    est pleine

    lorsque je suis certaine

    que je ne suis rien

     

    N'étant Rien

    je reçois tout

    et je deviens

    Le Tout

     

    Geraldine

  • Courage

    Après des prises

    de sang

    et des radios

    douloureuses

     

    elle sourit

    puis elle pose

    sa main

    sur mon épaule

     

    Elle me dit

    dans une douce

     caresse

    d'oubli 

     

    Me voici 

    mon amie

    J'ai rendez-vous

     avec Nous

     

    Geraldine

  • Voyage

    Le train

    traverse

    un pays

    de neige

     

    Mais est-ce

    un vain

    et triste

    voyage?

     

    Peut-être

    rencontrerai-je

    à la fin

    mon visage

     

    Geraldine

     

     

     

  • Balises

    On marche longtemps

    sur des routes connues

    et de larges boulevards

     

    avant d'explorer

    la grâce essentielle

    d'un sentier personnel

     

    Geraldine

  • Toc Toc

    On frappe à la porte

     de la nuit

    Qui?

     

    Qui souhaite me parler

     en cette heure

    tardive?

     

    Un vieil ami?

     Une vieille douleur?

    Que sais-je?

     

    Je n'ai pourtant

     invité personne

    ce soir

     

     L'huile

     de ma lampe 

    faiblit tellement  

      

     Et si c'était moi

     qui chuchotais 

     à mon coeur

     

      Je ne t'oublie pas? 

     

    Geraldine

  • Ecriture du temps

    Dans la cuisine

    le temps

    prend

      son temps

     

    Le soleil

    m'écrit 

    une lettre

    à l'encre blonde

     

    L'aiguille

    de l'horloge

    laisse ruisseler

    les secondes

     

    Les cosses

    vertes

    respirent

    avant de s'ouvrir

     

    Les yeux de Minette 

    brillent

    quand le silence

    sème ses billes   

     

    Puis l'instant   

     se froisse 

     en sa feuille

    de patience

      

     Tu t'avances  

     et tu accroches

    un soupir

    à ma fenêtre

     

    Geraldine  

  • Des étoiles et des hommes

    Ami

    les astres et les hommes 

    se ressemblent

    Nos os

    contiennent

    le même calcium

    que les étoiles

    Les savants

     unanimes

    le confirment

     Ainsi

    quand nous marchons courons

     nous asseyons nous allongeons

    naissent

    et circulent

    sans cesse 

    dans nos membres

    des millions

    de particules

    d'étoiles

     

    Et ceux

    que l'on exclut

    Ceux dont on éteint

     l'âme

    sans remords

    Ceux dont on affirme

     qu'ils traversent

      anonymes

     notre univers 

     Les hommes 

    que l'on ne voit pas

    Les hommes 

    que l'on ne cherche pas

     sont des étoiles

    qui respirent

    tout bas

    et ne demandent

    qu'à briller

    plus fort

     

     Alors

    mêlons notre étoile

    à la leur

    Que s'éveille le feu

    de nos étoiles étouffées

    N'oublions jamais

    de reconnaître

    pour chaque être

    humain

     -jambes

    bras

    bassin

    tête

    colonne vertébrale-

     la présence secrète

    et bonne

    d'une étoile amie

    qui luit

    en haut

     de la Vie 

     

     Geraldine

     

  • Infiniment

    Numériser0004.jpgIl y a le collier ouvert des galaxies

    la chevelure évanescente des nébuleuses

    la chair constellée du ciel

    l'iris ardent des étoiles

                              

    Mais la splendeur

    de l'infini

    n'est rien

    par rapport à Toi

     

    Toi

    et le pétale roux

    de ton grain de beauté

    sur l'épaule

     

    ta ride

    au bord des lèvres

    quand tu dis

    l'essentiel

     

    tes cils

    noyés 

    par les larmes 

    de la vie

     

    la petite fêlure

    de ton incisive droite 

    qui mord 

    l'écorce du monde

     

    ta mèche blanche 

    éclairant

    d'un rayon singulier 

    la pensée de l'instant

     

    Toi

    dont le corps

    léger

    s'accommode de la terre 

     

    frêle plume

    d'oiseau 

    capable

    de tous les envols 

     

     Toi dont je mesure

    la profondeur du coeur 

    comme un rêve  

    avant l'éveil 

     

    Rien n'est aussi 

    précieux

    Rien n'est aussi 

    beau

     

     que ton imperfection

     

    Geraldine

  • Chaque matin

    je dépose

    à la fenêtre

    de mon rêve éveillé

     

    la fleur d'un souffle

    la rosée d'une pensée

    le fruit d'une intention

     

    Peut-être

    que tu viendras

    les reconnaître

     

                           Qui sait?

     

                            Geraldine

  • Mon amour,

    cette libellule

    au bout

    de mon doigt

    volera pour

                    Toi

     

    Geraldine

     

     

     

     

     

  • Demeure

    Aucune main

     ne se joint

    à ma main

     

    Aucune bouche

    ne s'unit

    à ma bouche

     

    Aucun cheveu

    ne se mêle

    à mes cheveux

     

    Aucun souffle

    ne se suspend

    à mon souffle

     

    Vous pourriez me croire seule

    et pourtant

     je ne suis pas seule

     

    J'habite la chambre

    calme 

    des mots

     

    où je sens renaître

    l'âme

    du Poète

     

    Geraldine

  • Petite pensée

    Il tombe

    une brume 

    lente

    d'automne

     

    On entend

    dans l'air 

    se froisser

    les fougères

     

    Les heures

    ont la couleur

    des noix

    mouillées 

     

    L'ombre

    de la maison

    craque comme

    une allumette

     

    Tu dois être triste

    de ne pas voir

    fleurir les regards

    d'autrefois

     

    Et si je traversais

    la brume du soir

    pour te rendre visite

    en secret?

     

    Geraldine

     

     

  • Je marche

    dans la tristesse douce

    de l'herbe rousse

    Je passe

    sans laisser de trace

     

    Geraldine

     

  • Surprise

    Je fais la vaisselle 

    quand

    mes gestes

    se suspendent

     

    Qu'il est beau

    d'entendre

    cet oiseau

    qui chante!

     

    Geraldine

     

  • Retrouvailles

    En rentrant 

    tu as ouvert

    ton parapluie mouillé

     

    et les dalles  

    sont constellées

    de cette pluie d'été

     

    Comptons

    ensemble

    toutes les gouttes

     

    Y en a-t-il

    autant

    que nos baisers?

     

    Geraldine

  • Sonore

    L'ombre de novembre

    se pare  

    d'étoiles sonores

     

    Sur la place grise

    de la gare

    un arbre

     

    vert encore

    fier

    et bruissant

     

     de cent oiseaux

    de cent grelots

    chantants

     

       clairs frissons

      d'ailes

     et flûtes des feuilles

      

     Les voitures se taisent

    ainsi que les heures

    des hauts parleurs

     

    Seuls les oiseaux

    chantent très haut

    dans l'arbre vert

     

    avant le grand départ

    pour le ciel d'or

    d'une saison tranquille

     

    Une cascade jaillit

    Place de la Gare

    et répand

     

    des étoiles d'instants

    sur les yeux gris

    de la ville

     

    Geraldine

  • Ex

    Je sortais de la librairie

    lorsqu'il m'a semblé

    croiser ton regard

    dans un rayon de soleil

     

    J'ai fermé les yeux surprise

    Quand je les ai rouverts

    la rue s'avançait

    calme et lisse

     

    Maintenant j'erre

    dans ma journée

    envahie par 

    une vague tristesse

     

    un peu comme si

    je m'étais quittée

    et que je me regardais

    de très 

                 loin

     

    Geraldine

  • Feue follette

    Elle respira, secrète comme l'âme d'une bougie...

    Tant qu'Elle était là, l'ombre était claire.

     Des couleurs invisibles à l'oeil nu étoilaient la nuit et le silence parlait, d'une voix étrangement habitée; la solitude avait pour compagne la vérité.

    Il existe toujours un coeur sensible, caché parmi cent mille coeurs aveugles.

    Hélas! La mèche se consuma doucement.

    Une étincelle frémit encore avant l'oubli...

    Quand Elle s'éteignit,

     qui d'entre nous prit conscience

    qu'il faisait plus froid et noir 

     que les autres soirs?

    Désormais quel regard

    éclairera l'obscure présence

    de nos visages?

     

    Geraldine