• Ce soir c'est la nouvelle année

    Partout on allume

    les feux les fêtes

    les rêves les aveux

    les promesses

     

    Demain bien sûr

    le monde aura changé

    car ce soir

    c'est la nouvelle année

     

    Moi je verrai la lampe

    au beau reflet d'or

    trembler encore 

    sur mon livre

     

    En cassant des noisettes

    j'écouterai craquer

    tous les souvenirs 

    dans ma tête 

     

    Très tôt le matin

    je serai témoin

    des noces répétées

    de la pluie avec la terre

     

    Les oreilles de la chienne

    frémiront toujours

    aussi douces

    sous mes mains

     

    Non demain

    j'en suis certaine

    Rien n'aura changé

    les joies comme les peines

     

    Et quand je te regarderai

    tes yeux seront

    de la même couleur

                                       que ton coeur

    Geraldine

     

  • Visage

    Quand je commets

    une erreur

    et que pendant de longues

    journées 

     l'entourage ignore

    mon visage

     

    les yeux fermés

    du petit Bouddha

    en bronze

    qui me vient 

     de Yungang

    me dévisagent 

     

    Lui seul sait

    en sondant l'ignorance

    de mon coeur

    que l'erreur

    éclaire toujours

    le visage 

                                  de la vérité

                                 Geraldine

  • Coup d'aile

    Ce matin

    quand j'ai ouvert

    les volets

    j'ai entendu

    un froissement sec

     

    Un oiseau qui dormait

    près de la fenêtre

    et dont j'ai dissipé

    le rêve

    s'est envolé.

     

    Désormais

    des ailes

    désespérées

    battent sans cesse

    dans ma tête...

     

    Est-ce parce que 

     j'ai ouvert

    les volets

    de mon être

    que tu as quitté

     

     la fenêtre

            de notre rêve?

    Geraldine

  • Le fugitif

    On affirme

    que le présent

    est un point déplacé 

    à l'infini

    où se rencontrent

    le passé et l'avenir

     

    Mais comme

    le passé n'est plus

    et l'avenir pas encore 

    le présent

    vit en mourant

    meurt en vivant

     

    sans jamais

     rencontrer

    ce point

    placé

    dans l'infini

      qu'est l'homme

    Geraldine

     

  • Qu'en penses-tu?

    Peut-être aurions-nous dû

    dessiner des silences

    autour des mots

    pour mieux nous entendre...

    Geraldine

  • Prêt

    Le petit signet

    du livre que je t'ai prêté

    demeure

    à la même page

    depuis douze mois...

    Pourquoi?

    Pourquoi manques-tu de courage

    pour me dire

    que ces personnages

    ne te touchent pas?

    Pourquoi as-tu honte

    d'avoir des goûts différents

    des miens?

    Tu ne me causerais pas de peine

    si tu préférais une autre histoire! 

    Raconte-moi la tienne!

    Ainsi chacun cesserait

    de jouer avec l'autre

    un personnage qu'il n'est pas.

    Toi et moi?

    Moi et toi?

    Sois d'abord toi-même

    et nous avancerons

    ensemble mais libres

    dans les pages à vivre

    de notre histoire...

                   Geraldine                      

     

  • Il est des poèmes

    qui m'appellent

    pour être écrits

    Il est des poèmes

    que j'appelle

    pour exister

    Geraldine

  • Bonheur

    suprême

    Dans le calme

    obscur

    du soir

    la lecture

    d'un poème

    Geraldine

  • Adieu?

    Numériser0012.jpgLe temps est venu de vider le pupitre de l'enfance

    les minuscules bouts de gomme qu'on lançait sur la tempe du voisin

    les buvards bleus comme les ciels d'été

    les feutres qui coulaient en mille soleils à la fin de l'heure d'étude 

    les feuilles que nous tendaient les arbres du chemin et que l'on glissait  signets argentés  dans le cahier d'histoire

    l'atlas où les continents se rencontraient toujours quand le doigt suivait le voyage du regard 

    les mots secrètement écrits entre les exercices d'algèbre et que l'on murmurait en rêvant à l'amie de demain

    l'herbier un peu jauni dont la saison demeurait unique

    les miettes rassies d'un goûter de quatre heures

    la fine mèche de la belle d'un jour

    des serpentins si espiègles qu'ils allumaient les joues rondes de la joie

    les doux avions du silence qui survolaient la ligne noire des devoirs

    Il est temps d'enfouir tout cela dans des sacoches sérieuses 

    et de rentrer chacun chez soi où la table est soigneusement dressée  couverts parallèles à l'assiette  serviettes pliées de façon symétrique pour l'entrée-plat-de-résistance-dessert après on fera comme les Autres on lira le journal pour s'habituer au monde qu'il propose même si ce n'est pas exactement notre vision des choses

    A l'éponge et à l'eau de Javel il est temps d'effacer la grâce des promesses échangées sous les pupitres

    Que l'enfance soit close

    Mais si on quitte la classe en se retournant

    on voit que le sol est constellé

    d'éclats singuliers

    On y a semé

                                des billes

    L'enfance possède l'éternité

    des astres morts

    Eteinte

                elle brille encore

    Geraldine 

     

  • La page

    frémit

     comme une aile

                         fragile

    puis se tord

    et tombe

                            en neige

                                  grise

                             C'est fini

                                  Impossible

                     de lire

    ton souvenir

     

    Mais t'ai-je

    pour autant

    oublié?

    Ma mémoire

    est une page

    que je ne peux

    brûler

    Geraldine

  • Singulière

    Ce matin

    je me réveille 

     abandonnée

     

    La certitude d'être aimée

    m'a quittée 

    en une seule nuit

     

     Mais un autre souffle

    adoucit

    mon carême

     

     J'ose

     nommer toute chose

      par moi-même 

      Geraldine

  • Une autre présence

    Le silence sourit

     quand je le regarde

      Je lui demande comment

    chercher un sens

    dans la nuit

     

    Le silence

     est un ami   

    dont le visage 

    se penche

    sur ma vie    

     

     Il me dit

    N'aie pas peur

    d'écouter

    en ton coeur

    ma présence

     

     Je suis

    ce regard

    qui sourit

    quand tu avances

    vers la Vie

     

    C'est tout le sens

                                                de mon existence 

                                        Geraldine

                                                      

                             

  • Il est trois heures de l'après-midi

    Le jour à peine levé

    s'endort déjà

    et on allume les lampes

    du petit salon

     

    Marion

    apporte-moi

    une bougie

    et un briquet

     

    Que la flamme obscure

    soit un miroir

    où je me regarde

     pour te voir

    Geraldine

  • Respiration

    Comme il neige! C'est incroyable!

    On a fermé    les maisons les routes le ciel les âmes peut-être

    On voulait aller à la poste à la mairie à l'épicerie!

    Il faudra attendre      Les projets sont remis à plus tard   Désormais le temps se contente de respirer et la vie d'exister   La neige nous apprend la patience

    On entend malgré tout le frottement obstiné de la pelle qui déblaie un seuil  un trottoir une entrée de garage

    Mais quel pas téméraire s'approchera d'ici? Quel visage?

    La neige nous apprend le renoncement  Il faudra chercher plus près ce rêve qu'on souhaitait voir venir de très loin   faire confiance à la profondeur quotidienne des choses pour inviter le miracle 

    La neige nous apprend le discernement aussi

    Accorder d'autres voix dans ce silence

    Ecouter son coeur en cette absence

    Découvrir d'autres couleurs dans cette blancheur

    S'inventer un jour singulier 

    dans le dimanche muet des heures

    Peut-être suffit-il d'essayer 

                              avec humilité  

                                                       souffle la neige

                               dont les mille mains

                                                          ouvertes

                               signent nos fenêtres 

                               Geraldine

  • Incertitude

    Je tire sur le cordon:

    le carillon hésite,

    puis les larmes lentes de ses notes 

    coulent dans le silence...

     

    Mais je crois entendre 

    un léger frémissement!

    Est-ce le pigeon noir qui s'agite 

    au bord de la gouttière?

     

    Ou est-ce Toi mon amant 

    qui ne souhaites plus me répondre

    et dont le pas sournois

     dérange l'ombre

                           

    aux frontières de l'absence?

    Geraldine

  • J'aimerais devenir caillou...

    Je laisserais ruisseler

    le frais murmure des bois

    et la bonne eau

    gorgée de menthe

    Je serais aussi

    à fleur d'herbe

    cette étrange pépite

    cet astre de mica

    à l'immobile éclat

    autour duquel gravitent

    papillons et sauterelles

    Mais j'aimerais surtout

    devenir caillou

    pour accueillir

     le temps d'une étincelle

    volée au soleil

    votre pied doux

    Geraldine

  • Patience

    Une bise blanche

     claque contre les tuiles

     

    Dans la rue personne

    Dans mes pensées pas un visage connu

     

    Je voudrais que luisent 

    les fenêtres d'en face

     

    Mais la neige tourne et danse

    sans cesse

     

    Il faudra bien pourtant

    que ce lancinant

                                         mal de coeur

                                                      passe...

    Geraldine

     

     

  • Réconfort

    Le soir est bleu de givre

     et l'Ami ne reviendra pas

     avant plusieurs mois

     

     

    Faute d'être aimée

    je réchauffe mes mains engourdies

    autour d'une tasse de thé

    Geraldine

  • Qu'en dira-t-on?

    -Comme elle est pâle depuis quelque temps!

    - Oui... depuis qu'elle trompe son mari! ça doit être le remords qui la ronge inconsciemment!

    - Elle? Elle trompe son mari! Je ne la croyais pas capable de se choisir un amant!

    - Elle est d'ailleurs d'une beauté relative!

    - A propos, vous savez qu'elle a refusé de faire le travail supplémentaire que le patron lui a donné?

    - Pas possible!

    - Elle s'est mise dans tous ses états et elle lui a mal répondu!

    -Qu'est-ce qu'elle lui a dit?

    - Non! Je ne le ferai pas! Elle a prétexté qu'elle avait déjà endossé toutes les responsabilités de la collègue Madame Z... absente la semaine dernière... Tu parles!

    -Non mais... Quel toupet!

    Le champagne que l'on verse dans les flûtes a de beaux reflets cuivrés.

    Sur le plateau, chaque toast est couronné d'une fine olive grise; pour prendre un petit four, il suffit d'ôter son gant blanc et de cueillir la friandise élégamment du bout des doigts.

    On entend, parmi les voix pincées et les rires étouffés, un air languissant de Bach.

    Et moi, je reste debout, immobile, muette, la tête haute. Je ne ressens rien; la morsure de la colère viendra plus tard. J'ai même mis à distance mon nom. 

    Pour le moment, je suis fascinée par la fragilité de cette rose qui fleurit dans un coin obscur du salon. On l'a cachée car on supportait mal -sans doute- son éclat...

    Geraldine

  • Je n'écrirai pas aujourd'hui

    parce que    l'odeur des feuilles mêlées à la terre

                       la main ouverte du nuage

                       ce miroir sans visage

                       cette porte qui claque très loin

     

    Je n'écrirai pas demain

    parce que     l'épais chandail sur les épaules

                       le gel mauve des étoiles

                       la branche immobile

                       et la toux sifflante dans la nuit

     

    Si je dois écrire encore

    je n'écris que cela

    avec effort

    un seul mot pour ami

                                                oubli

    Geraldine

  • Refuge

    Numériser0004.jpgJ'ai fermé

    tous les volets

    sagement

    sans drame

    j'ai plus chaud

    dans l'ombre

    de moi-même

    désormais

    je contemple

    la petite âme

    nette et bleue

    de la Flamme

    Geraldine

  • Obsession

    Une araignée grise

    s'immobilise

    sur le mur de ma chambre

     

    aussi patiente

    aussi sournoise

    que l'oeil du souvenir

    Geraldine

  • Libre

    Numériser0006.jpgArthur a les doigts tachés d'encre et de colle.

    Il ne veut plus aller à l'école.

    Au fond de son cartable,

    gisent des feuilles ridées,

    des fruits éclatés,

    des crayons usés,

    un dessin blême,

    les lignes inachevées

    d'un poème...

     

    La spirale dorée

    du beau cahier

    que je lui ai offert en début d'année

    a été arrachée...

    Sur l'étiquette,

    le nom s'efface...

    Quand Arthur

    entrouvre son col,

    je caresse

    de mon index

    une petite griffure

    dont le sang sèche...

    Arthur ne veut plus aller à l'école!

     

    Mon enfant,

    ne crains rien!

    Demain,

    après-demain,

    et tous les matins

    qui se suivent, 

    nous courrons, ivres,

    dans les parfums

    de l'herbe folle!

    Nous écouterons chanter

    le souffle clair

    de l'eau légère!

     

    Et tu apprendras 

    à lire en chemin

    une autre parabole

    dans les lignes 

    enfin réunies

    de nos mains...

    Geraldine 

     

     

  • Ensemble

    Demain

    nous irons

    toi et moi

    chercher du bois

     

    Nous soufflerons 

    sur nos mains

    engourdies

    par le givre

     

    Nous arriverons 

    aux frontières 

    de la forêt

    vers cinq heures

     

    Et avec un sourire d'enfance

    où brillent

    les pleurs du froid 

    tu me demanderas

     

    Quelles branches

    dois-je ramasser?

    Je te répondrai

    Prends les plus blanches

     

    Mais tu peux prendre aussi

    les branches grises

    les branches noires

    Tu es libre

     

    Transis et heureux

    nous saluerons

    le vent généreux

    qui sème ses flocons

     

    Nous suivrons au retour  

    le long chemin du soir

    -courbés et pourtant

    si légers

     

    car nous verrons

    que nos deux fagots

    étroitement liés

    se ressemblent

     

    Plus tard

    à genoux dans l'ombre

    nous admirerons

    les flammes

     

    qui s'élancent

    sur ces bonnes branches

    -mêlées comme

    nos consciences

     

    Alors nous nous dirons

    dans un tendre silence

    que nous avons bien fait

    d'aller ensemble

                           toi et moi

                           chercher du bois

                           Geraldine

     

     

  • Pause

    Numériser0003.jpgJe m'assois

    seule 

    au milieu du salon

     

    J'ai débranché le téléphone

    Je n'ai pas ouvert

    les lettres du matin

     

    J'ai éteint

    tous les mots

    et toutes les voix 

     

    La vague du monde

    respire

    loin de mon coeur

     

    Mais quelques lueurs

    fleurissent

    sur la table d'acajou

     

    Je me frotte

    les yeux

    avec mes mains blanches

     

    Je n'ai pas peur 

    car j'imagine

    que Tu me feras signe

                                    dans ce silence

    Geraldine

    Image:Edward Hopper "Chambre à Brooklyn" 1932

    Musique: Nocturne pour piano de Chopin "Il lamento e la consolazione" interprétée par Arthur Rubinstein                 

     

  • Solitude

    Tu n'entends

    aucun bruit

    mon amie

     

    L'arbre

    si bavard

    d'ordinaire

    se tait

     

    Le feu

    silencieux

    ensevelit

    le bois gris

     

    Les pas

    du vent

    s'éloignent

    dans la nuit

     

    Même la goutte

    de pluie

    se suspend

    au bord du toit

     

    Tu n'entends

    aucun bruit

    mon amie

     

    Si ce n'est

    le très lent

    battement

    d'un coeur

     

    quand s'ouvre

    la porte

    obscure

    du Temps

    Geraldine

     

     

     

  • Fonte des neiges

    J'écoute

    la nuit

    qui s'égoutte

     

    Je sursaute

    parfois

    car je crois

     

    que quelqu'un

    marche

    sur le toit

     

    mais c'est la glace

    qui craque

    et se détache

     

    Marie essuie

    en vain

    la neige noire

    du couloir

     

    Près des semelles

    toutes grises

    deux flaques

    s'agrandissent

     

    Moi

    je te rejoins

    dans la chambre

    sans sommeil

     

    Nos larmes

    de la veille

    brilleront-elles

    dans ton regard?

    Geraldine

  • Illusion

    L'ombre

    de l'après-midi

    s'allonge. 

    Je veux me libérer

    des lignes de ce cahier.

     

    Alors,

    je lève les yeux

    sur la vitre d'hiver...

    Que vois-je?

    Un halo léger!

     

    C'est toi

    qui es venu

    du côté de la Vie

    me déposer

    un baiser.

     

    Mon index

    dessine

    un sourire

    et ton visage

    naît dans la buée.

     

    Puis le sermon

    du professeur

    me fait baisser

    les yeux de peur

    sur mon cahier...

     

    Lorsque la classe

    est finie,

    le souffle tendre

    de ton baiser

    s'est évanoui...

     

    Le bonheur

    s'écrit si vite

    qu'il s'efface!

    Et l'âme pense

    hélas

            à jamais!

            qu'elle a rêvé.

    Geraldine

     

     

     

  • L'horloge

    Quand la petite horloge du salon

    s'est-elle arrêtée?

    Les fruits les feuilles les flocons

    passent

    l'eau des fleurs 

    se tarit doucement

    les amis

    entrent puis sortent...

    Le regard interrogateur 

    lit tous les jours

    la même heure

    de joie et de douleur.

     

    Non

    personne ne sait

    quand la petite horloge

    du salon

    s'est arrêtée.

    Peut-être

     indique-t-elle enfin

    pour certains

    un temps secret 

    qui ne se dérobera

    plus jamais

    le Temps du coeur...

    Geraldine

  • Lecture

    Je n'ai guère

    eu de lecteur

    aujourd'hui

     

    si ce n'est

    une petite mouche

    aux ailes vertes

     

    qui 

    -grâce à Dieu!-

    est muette...

     

    Geraldine