• Echo

    Es-tu là?

    J'attends même si

    je n'y crois pas

     

    qu'une voix

    me réponde

    Je suis là

     

    Mais ma question 

     sonde l'eau

    du silence

     

    et me revient

     plus fidèle

    qu'une amie

     

      Mes mots

    rencontrent 

    leur reflet

     

    Es-tu là?

    Je réponds

    d'une voix calme

     

    Je suis là

    Moi seule

    présente pour Moi

    Geraldine

     

  • Lettre morte

    Je pense

    que ma lettre est morte

    quelque part

    sur la route

     qui mène à Sens...

     

    Mais ma lettre

    est peut-être

     morte plus loin

     au bout   

    du petit matin...

     

    S'est-elle échappée du sac postal?

     Ou lors du Tri

    a-t-on omis

    de la joindre à d'autres lettres

    qui lui ressemblent?

     

    Qu'importe!

    J'entends dans ma nuit

    crier en vain

    le blanc silence

    des mots non reçus...

     

    Et si ma lettre

    était morte

    déchirée

    par la rancune

    de tes mains?

     

    Je vois déjà

    les pleurs du papier

     constellant 

    l'herbe noire   

     de ton jardin...

     

    Ô! Comme

    j'aurais aimé croire

    en ma lettre!

     Cerf-volant

    dansant dans le vent!

     

    Puis qui se serait élevé

    plus haut!

    Plus haut encore!

    pour brûler avec

     les étoiles d'or!

     

     Hélas! Je crains

    que ma lettre

    ne soit morte

    avant d'avoir franchi

    l'humble porte

                         de ton pardon...

    Geraldine

     

  • Signée

    Bien sûr

    les fleurs

    sont encore

    ouvertes

     

    Il suffirait que je m'assoie

    pour qu'à jamais 

    je pense

    à Nous

     

    Il suffirait que je trempe

    mes lèvres

    dans ce thé

    comme dans ton baiser

     

    pour que je voie

    remuer 

    secrètement 

     notre reflet

     

    Et si je cachais

    mon visage

     entre les plis

    de l'ombre

     

    je me souviendrais

    très certainement

    des étoiles

    de notre sommeil

     

    Mais j'entends sonner

    ma conscience

    Le temps presse

    Le temps s'impatiente

     

    Alors je te laisse

    ce petit mot

     écrit

    sur du papier gris

     

     à bientôt

    peut-être

    dans une autre

                         Vie

    Geraldine

  • Pas perdus

    Numériser0005.jpgPourquoi appelle-t-on les salles d'attente

    "salles des pas perdus"?

    Les pieds n'ont tout de même pas

    abandonné les pas!

     

    Est-il perdu, ce pas que je fais en pensant à Toi?

    Est-il perdu, ce pas qui s'arrête près de la vitre pour encourager mon regard? 

    Est-il perdu, ce pas qui m'incite à chercher Ton visage au bord des rails noirs?

    Est-il vraiment perdu, ce pas qui attend?

     

    Perdu parce que d'autres pas semblent l'ignorer?

    Perdu comme un soulier sans son propriétaire?

    Perdu puisqu'il ne sait mesurer ni l'espace-temps, ni la longueur du chemin?

    Perdu car il n'atteint aucune destination? Pauvre pas errant de l'orphelin!

     

    Le pas accompagne pourtant les caprices du songe

    Il voyage au pays secret de la réflexion 

    Il est cet infatigable rôdeur se berçant de la musique d'une étoile

    dans la nuit des hauts parleurs et l'indifférence des néons 

     

    Le Philosophe dit Je ne Te chercherais point si je ne T'avais déjà trouvé

    Alors je dis à ce pas guidant ma patience 

    Je déclare à chaque pas  

    que je pense à Toi

     

    Jamais je ne renierais la grâce de Ta présence 

    Tu rythmes le souffle de mon espoir

    Je T'écoute dans mon attente 

    sans me sentir étrangère 

     

    Nulle part mon pas ne se perd

    Il m'emmène vers un avenir immédiat

    où résonne comme un talon effilé 

     la promesse de Ton pas

     

    puis il s'arrête à la porte ouverte

     de ma conscience

    qui me permet déjà 

    de Te retrouver

                                               

                                               bien avant Ton Arrivée

                            Geraldine

  • Invitation

    Aujourd'hui le soleil

    Coule entre les feuilles

    Comme une coccinelle

    Le temps se constelle

    De points frêles

     

    Je déplie la nappe

    Aux reflets bleus

    Je dispose les couverts

    La grande cuillère

    Et sa petite soeur

     

    L'eau de la joie

    Danse dans les tasses 

    Sur les assiettes de faïence

    Un étrange oiseau

    Chante en silence

     

     Ton voyage sera facile

    Songe qu'il fait beau

    Puis traverse ma pensée

    Comme une flamme d'avril

    Je t'attends fidèle

          

    Mais ne tarde pas trop!

    Geraldine 

     

  • Reine

    Au coeur

    de la pâte d'amande

    tu as cueilli la fève

    sans la mordre 

     

     Dès lors

     je demande

    qu'à chaque seconde

    d'amour

     

     tes lèvres tendres

    fassent danser

     la fève ronde 

    de ton baiser

                                        sur ma langue 

    Geraldine

  • Astrale

    Numériser0003.jpgJe voyage très simplement 

    sans billet d'avion ni bagage

    Je pars à minuit les bras ouverts

    Vous pouvez ainsi m'apercevoir à New York New Delhi Singapour Abidjan Athènes

    Je lis aisément l'alphabet de tous les menus et de toutes les pancartes  le chinois le cyrillique le bengali

    Je me promène dans un jardin fleuri à Tokyo puis je me mire dans les grandes glaces d'un centre commercial londonien

    Je m'assois sur les fauteuils de velours d'une salle de conférences à Stockholm et une seconde plus tard je rattrape le vent dans une steppe kirghize

    J'accompagne les jeunes filles bleues qui marchent vers cette oasis cachée parmi les dunes du Sahara  Ensuite je bois un soda dans un café de Berlin

    Je compte les étoiles de Mongolie avant de danser avec les ombres rouges du soleil texan

    Ma tête tourne comme le ventilateur d'un hall d'hôtel en Inde

    Je m'enivre des visages de tous les pays mêlés  Nord et Sud s'accordent  Les continents perdent leur nom et se reconnaissent à la palette de leurs arômes

    Quel billet d'avion m'emmènerait jusque là, dites-moi?  Il faut parfois abandonner ses bagages si on veut déployer ses ailes!

    Et quand je me retrouve le lendemain matin au point A que j'ai quitté la veille

    je suis satisfaite

    car je sais que je peux entrer et sortir

    par n'importe quelle fenêtre secrète

    de moi-même

    pour suivre

    sidérale et légère 

    l'infini couloir du ciel... 

    Geraldine 

  • Froidure

    Tu me reproches de ne pas t'écrire souvent. Tu sais, il fait si froid chez moi. Le vent a emporté ses oiseaux et le ciel a oublié sa lumière.

    De plus, notre chauffage est en panne. Tous les matins, on téléphone au chauffagiste et la sonnerie pleure dans un atelier vide. On a essayé d'allumer l'ancien poêle; mais Grand-Mère l'a utilisé pour la dernière fois il y a dix ans et ce paresseux ne consent qu'à ronchonner, en crachant une âcre fumée noire. La cheminée nous serait bien sûr d'un grand secours... à condition de la ramoner. Or, qui a le courage de sonder cette longue nuit sans étoile?

    Même le halo des lampes grelotte; j'ai noué un châle épais sur mon coeur. Je souffle entre mes doigts pour que circule quelque sensation... Hélas! Il me faudrait une haleine profonde et douce, déposée par d'autres lèvres...

    J'enfouis des bouillottes dans mon lit et je rêve de ton corps dévoilé dans le parfum du foin coupé.

    Tu vois, mon ami, ce n'est guère de ma faute si j'ai renoncé à t'écrire pour le moment.  En quête d'un printemps plus rapide, j'ouvre vainement tous les livres. Les mots sont des flammes immobiles -presque glacées elles aussi- dont le reflet n'éclaire aucun visage.

    Alors je me résigne, j'abandonne la page à sa conscience.

    Je crains trop, par mon humeur, de rafraîchir l'amour de nos belles aubes futures.

    Cependant, je te pardonne ta colère, elle seule peut me réchauffer -et pourquoi pas? me toucher, opiniâtre et fidèle, 

    jusqu'à la brûlure...

    Geraldine   

       

  • Frontière

    Qui suis-je?

    Un rêve ou la vérité

    La vérité d'un rêve

    Le rêve d'une vérité?

     

    Peut-être un rêve

    où je suis MOI

    dans la simple joie

    de toute vérité

    Geraldine

     

  • Permanence

    L'eau

     de la théière

    a fui

    S'est-elle perdue?

    Non mon ami

     Elle s'est répandue

    comme le ciel

    que verse

    sur la terre

    chaque étoile

    brisée 

    Geraldine

  • Déjà

    Le blanc ruban

    de notre histoire

    s'envole

    Le vent devient

    sa seule parole

    Geraldine

  • Que sont mes amantes devenues?

    Numériser0001.jpgCelles qui remuent l'eau du silence

    en dénouant la chevelure de leurs rires

    Celles qui allument la nuit

    entre les cils de mon sommeil

     

    Je vous attends

    mes belles ardentes

    au-delà du regard

    et des étoiles noires

     

    Mais je rêve que je m'endors

    sans vous appartenir

    seule contre le corps

    nu de mon désir

     

    Et vos ombres lentes

    m'entourent

    pour m'ensevelir

                            à l'orée du jour

                            Geraldine

  • Feuillets

    De mon index

    que je porte

    à mes lèvres

     

    j'humecte

    ta gorge

    tes épaules

     

    tes seins

    tes hanches

    ton ventre

     

    comme un roman

    dont on tourne

     les pages 

     

    une

                  à une

    Geraldine

  • Pérenne

    S'il est

             une vie

                    après ma vie

    ce sera

             la voix

                  de mes livres

    qui volera

              de vous à vous

                           libre!

  • Vestige

    Une cigarette

    solitaire

    qui brûle encore

    dans le cendrier

     

    Est-ce

    tout ce qui reste

    du soir

    de nos baisers?

    Geraldine