• Pensée poétique

    Parfois j'écris un poème
     puis je n'y pense plus
    Je l'oublie 
    le temps d'une nuit 
    ou d'un été
     
    Mais il suffit d'un mot
    pour que je me souvienne
    de mon poème oublié
    et quand mon cahier s'ouvre
    je le retrouve 
     
    comme un ami de vacances
    trop vite quitté
    -qui attendait sagement
    qu'on lui écrivît 
    à la rentrée
     
    Je le prie 
    de m'excuser
    pour ce long silence
    Mon poème se fiance alors 
    avec ma pensée
     
    Et je découvre 
    cette forme suprême
    qui honore
    la pensée du Poème
    le poème de la Pensée
    Geraldine
     
     

  • Manie

    Dans la penderie
    je compte 
    sans cesse
    tes habits 
     
    Et je me demande:
    Est-ce 
    ton ombre
    qui se multiplie?
    Geraldine

  • Insomnie

    A Ankara
    je ne dors pas
    je pense à toi
     
    Ma voix m'annonce
    de façon impersonnelle
    des départs sans destination
     
      Les aiguilles tournent à l'envers
    sur le cadran
    de ma mémoire
     
     J'attends 
    devant la porte A trente-trois 
     l'embarquement immédiat
     
     pour une insomnie
    solitaire
    dans cet hôtel d'Ankara
     
     Mes obsessions
    ronronnent
    au rythme du ventilateur
     
     Quand je regarde la vitre
    les étoiles de la ville
    me fixent
     
     et cette nuit 
    immobile
    me fait mal
     
     Je voudrais me noyer
    dans une larme d'arac
    une goutte d'oubli
     
     Mais rien 
    non rien
    ne s'efface 
     
    Très loin
    Hôtel Madi Chambre trente-trois
    à Ankara
     
     je ne dors pas
    je pense toujours
    à Toi 
    Geraldine


    Musique: Abaji; Origine Orients

  • Entrouvert

    Le rideau se balance

    doucement

    au vent:

     

    les fleurs s'envolent;

    les ailes des oiseaux

    sont prêtes à éclore;

     

    les motifs prennent vie

     comme des roses de chair,

    des fruits, des lèvres;

     

    le rideau bouge

    dans ton rêve...

    Alors, tu tends les mains:

     

    tu voudrais cueillir

    ce rayon qui danse,

    s'enfuit,

     

    revient se poser

    sur ton visage,

    et fuit encore...

     

    Le rideau s'écarte...

    Mais il cache davantage le monde

    qu'il ne le montre...

     

    Prudence! 

    murmure la sagesse

    de ton coeur.

     

    Faut-il enfermer le mystère

    comme un papillon? 

    Effeuiller son frisson?

     

    Que se balance

    doucement

     le rideau!

     

    Et l'ombre des choses 

    te paraîtra 

    si claire

     

    que tu trouveras 

    en chaque fleur,

    en chaque oiseau

     

    une vérité 

    qui danse

    au-delà des mots...

    Geraldine

       

  • Textile

    Ma robe
    que tu as caressée
    jusqu'à la fenaison
     
     
    Ma robe
    fripée froissée
    je ne la repasserai pas
     
     
    Je veux garder
    sur ce frêle tissu de soie
    la meurtrissure de tes doigts
     
     
    pour me persuader
    que jamais
    tu ne m'oublieras
    Geraldine

  • Feu

    L'attente dans le noir...
    Une allumette
    craque 
    puis s'embrase:
     
    la flamme regarde 
    se consumer
    notre baiser 
    d'un soir...
    Geraldine 
     
     
     

  • Rendez-vous

     

    Numériser0023.jpg

    Je te donne rendez-vous à l'heure où l'air sonne doux...

    Si tu es ponctuelle, tu entendras tinter le carillon et les tasses que l'on dispose sur la table de la terrasse.

    Les poissons fileront dans le bassin comme des étoiles d'argent.

    Des ailes frémiront dans le vert des feuilles et la brise accrochera son rire de soie aux branches.

    La chatte sautera pour attraper l'abeille... 

    Au début de la promenade brillera un caillou singulier: la bille préférée de Jeannette! 

    Sous le pommier Claire laissera en cadeau son cerceau, alliance des enfances retrouvées.   

    Dans le ciel flânera un petit nuage -souffle échappé sans doute des lèvres d'Anne la rêveuse...

    Et c'est Tout.

    L'air sonnera doux

    à l'heure de notre rendez-vous.

    Mais l'encre du paysage

    bouge...

    Je vois danser derrière la grille

    ta robe rouge...

    Et soudain, le tableau change...

    Tu es venue en avance!

    Geraldine 

  • Lessive

    Le ciel est blanc
    L'aurais-je lavé
    avec les draps du dimanche?
    Geraldine

  • Audace

     

    decouverte

    Sur les bords du chemin
    l'herbe pique un peu
    Un papillon en plein vol
    y accroche ses ailes 
     
     
    Mais si tu veux voir
    le dernier rayon bleu
    entre dans l'herbe folle
    en fermant les yeux
     
    Geraldine
  • Insaisissable

    Quand je m'éveille
    mon rêve s'échappe
    et je rêve tout le jour
    que je le rattrape
    Geraldine

  • Vespéral

    La lumière 
    a la couleur
    des reines-claudes
     
    L'eau pleure
    des gouttes 
    et des gouttes
     
    Les feuilles 
    se regardent
    avant la nuit 
     
    Bientôt l'oubli
    Geraldine

  • Le miroir de l'écrivain

    Tous les jours, écris ce que tu penses être,

    sans jamais juger la sincérité, la beauté, la valeur de ce que tu écris...

     Tu n'atteindras pas l'ultime Transparence, encore moins cet absolu dont rêve l'artiste insatisfait... 

    C'est sans importance.

    Ecoute battre le mystère intime de l'émotion.

    Pose tes mots comme des mains d'amant sur ton coeur...

    Et tu deviendras davantage qu'un simple écrivain: 

    tu seras le noble confident du secret qui dort caché 

    dans la solitude de Chacun.

    Geraldine

  • Distraction

    Le signet
    de mon livre
    chasse 
    la mouche
    du souci
    Je suis
    Libre
    Geraldine

  • Pèlerin

    Pour voir
    l'arbre en fleurs
    va 
    jusqu'au bout du chemin
    jusqu'au bout du bonheur
    Geraldine

  • Je Tu Nous Tous

    J'écris
    que Tu es
    Tout
    pour Moi
     
    Tu écris
    que Je suis
    Tout
    pour Toi
     
    Toi et Moi
     écrivons
    sur le ciel 
    du monde
     
    que Nous aimons
    tous les hommes
    qui écrivent
    le monde
     
    Ensemble
     Geraldine

  • Dimension

    Aujourd'hui
    le Temps
    prend
     toute la place
     
    Ton ongle
    laissera longtemps
    sa trace d'étoile
    sur mon dos
    Geraldine
     

  • Intervalles...

    Ce ne sont pas 
    tes pas
    qui importent
     
     
    C'est l'instant
    secret
    entre chacun d'eux
     
     
    cet espoir
    mystérieux
    qui approche
     
     
    toujours plus
    sans le toucher
    encore
     
    le seuil
    patient 
    de ma porte...
    Geraldine

     

  • Attente

    Le Temps 
    tremble 
    comme l'eau
     
    **
     
    J'attends
    le lever 
    des mots
     
    **
     
    J'ai oublié
    le poème
    de la veille
     
    **
     
    Page étrange
    que celle
    du sommeil
     
    **
     
    Le visage
    des mots
    s'efface
     
    **
     
    Blanc
    de l'espace
     pour un soleil 
     
    **
     
    Le mot 
    non écrit
    brille
     
    Geraldine

  • Re-né(e)

    Un pas
    et puis
    ta voix
     
    Tu es venu
    Tu es là
    deux fois
     
    Et moi
    je me vois
    à côté
    de Toi
     
    Cette fois
    je suis
    redevenue
    Moi
     
    **
     
    Plus rien
    n'est à moi
    J'ai tout donné
     
    à l'aurore l'oiseau 
    l'arbre l'herbe
    l'écume la flamme
     
    J'ai tout donné
    à la Vie
    et je suis 
    en vie
     
    Plus rien
    n'est à moi
    puisque je suis 
    Moi
    Geraldine
     

  • Etre sans avoir

     
    Tu ne peux pas être
    en ayant
    Tu ne peux pas avoir
    en étant
     
    Sois vivant
    et tu auras
    le rôle principal 
    de l'histoire
     Geraldine

  • Omicron*

     

    Ο

    Ressentir

    dans le rien

    de l'Absence

    le plein du fruit

    la rondeur

    du silence

     

    Geraldine

     

    *omicron: quinzième lettre de l'alphabet grec, employée pour noter le "o" fermé en grec ancien - la lettre omicron est représentée par le "o" latin.

  • Partout

     

    espoir 

    Voilà

    Tu t'en vas

    mon bel oiseau

     

    Mais ta plume

       m'emmène   

     au bout des mots

    Geraldine

  • Toi?

    Ta maison ou ta chambre louée au mois, ce n'est pas Toi

    Tes diplômes ou tes échecs, ce n'est pas Toi

    Ton métier ou ton chômage, ce n'est pas Toi

    Ton couple ou ton célibat, ce n'est pas Toi

    Tes amis ou ta solitude, ce n'est pas Toi

    Ta famille ou ton exclusion, ce n'est pas Toi

    Ta santé ou ta maladie, ce n'est pas Toi

    Tes réussites ou tes erreurs, ce n'est pas Toi

    Tes réponses ou tes questions, ce n'est pas Toi

    Tes rires ou tes larmes, ce n'est pas Toi

    Tes satisfactions ou tes désirs, ce n'est pas Toi

    Ton plaisir ou ta douleur, ce n'est pas Toi

    Ta légèreté ou ta gravité, ce n'est pas Toi

    Ton avenir ou ton passé, ce n'est pas Toi

    Ta force ou ta faiblesse, ce n'est pas Toi

    Ton pays ou ton exil, ce n'est pas Toi

    Ta liberté ou ta prison, ce n'est pas Toi

    Ta richesse ou ta pauvreté, ce n'est pas Toi

    Ton vêtement, ce n'est pas Toi

    Ta nudité, ce n'est pas Toi

    Ton corps, ce n'est pas Toi

    Ta pensée -éphémère illusoire inconstante-, ce n'est pas Toi

    Ton émotion -exclusive souveraine violente-, ce n'est pas Toi

    Tes pulsions -archaïques égoïstes profondes-, ce n'est pas Toi

    Ta névrose -obsédante sournoise obscure-, ce n'est pas Toi

    Tes rêves -puissants énigmatiques absolus-, ce n'est pas Toi

    Ta maîtrise -excellente superbe impeccable-, ce n'est pas Toi

    Ton sentiment -noble généreux suprême-, ce n'est pas Toi

    Ton intellect -important élaboré lumineux-, ce n'est pas Toi

    Ta conscience -pertinente vive ouverte-, ce n'est pas Toi 

    Même ton nom, ce n'est pas Toi

    Ton prénom ton surnom ton sobriquet, ce n'est pas Toi

    Rien

    ni personne

    n'est Toi

    car Tu es Toi

    Tu es Tout

    singulier et pluriel

    à la fois

    Tu es tout

    simplement

    étoile

    parmi les étoiles

    qui se rassemblent

    sans se ressembler

    Geraldine

  • Ce que tu perçois et qui ne dure pas:

    Numériser0011.jpgun vol d'abeille

    un pétale sur la nappe

    le murmure de l'arbre 

    le profil de l'amante  

    un foulard dénoué

    le rayon blanc de la nuque

    une mèche autour du doigt

    la peau d'un fruit

    un parfum sur le poignet

    quelques gouttes dans un vase

    la pluie au bord du toit

    l'encre d'un mot

    l'allumette que l'on craque

    le pépin sur la langue

    l'éclat d'un rire 

    puis le visage

    dans les mains

     

    Le présent

    est déjà passé

    Seul

    demeure

    le regard

    de la mémoire

    Geraldine

     


     

    Chopin interprété par Arthur Rubinstein; Nocturne n°5; Les Zéphyrs

     

  • Nuit d'été

    Lueurs

    des lucioles

    Je suis seule

    Geraldine

  • Petit dialogue entre le poème et moi

    quete, espoir                                      

    Le poème s'impatiente

    Il hante

    mon rêve

    et me dit

     

    Ecris donc

    qui je suis!

    Ne me perds pas

    dans la nuit!

     

    Ma voix

    se fait tendre

    Je prie le poème

    d'attendre

     

    Je le présente à la page

    dès demain - promis!-   

    avec les mêmes rimes

    qui chantent

     

    Surtout

    qu'il ne me quitte

    pas d'un mot!

    Ce serait dommage!

     

    Le poème et moi

    nous nous accordons

    et signons ainsi

    le pacte ultime

     

                         d'être vivants

                          après la nuit

                          Geraldine 

  • Réconfort

    Vent d'automne

    L'Ami est plus chaud

    que mon manteau

    Geraldine

  • Accueil

    Dans l'ombre

    les yeux du chat

    je suis chez moi

    Geraldine

  • Exclusive

    Fiancé parti

    La lune brille

    pour moi seule

    Geraldine

     

  • Evolution

    Au cours de l'une

    de mes promenades quotidiennes

    j'ai vu que tu avais disposé

    près de ta fenêtre

    une corbeille de pommes

    rouge et or

    Mais le temps de l'amour 

    est-il assez mûr

    pour que l'on se retrouve

    sans se faire de peine?

    Geraldine