• Couleur du Temps 8

    J'irai jusqu'au bout du Souvenir -jusqu'au bout- 
    aussi difficile que soit la route de cailloux
    Je traverserai le pays endormi des noms
    Ô! Ne pas perdre espoir surtout
    car il suffira d'une étincelle
    pour qu'un souffle s'éveille
    et que vibre la corde de l'enfance!
    Alors je rattraperai le secret enfui
    je toucherai l'âme ignorée
    j'écouterai ce qui ne fut jamais dit
    Et si ma certitude s'adoucit
    à la lumière du soir
    je réinventerai l'histoire
    Qui sait?
    Peut-être rencontrerai-je enfin ton regard...
    Geraldine 

  • Couleur du Temps 7

    Parfois, mon sommeil s'ouvre...

    Alors que je ne t'espérais plus, tu me reviens

    comme d'une très longue promenade...

    Ton rire de jadis tinte dans le silence. Tu as gardé ton col fleuri des vacances. Tes mains jouent avec les cordes de la lumière.

    Quand tu te penches à mon chevet, ta jupe bruit tel un oiseau; si je touchais tes cheveux, j'entrerais dans une nuit blonde infusée de menthe.

    Mon coeur s'étonne un peu: Tu es là, mon amie! Tu es là!

    Mais plus rien ne l'effraie désormais: ni l'oeil de la lune, ni l'ombre des meubles, ni le vent qui rôde derrière les volets.

    Entre nos regards, commence une autre noce...

    Oui, je l'ai rêvé, ce baiser arraché dans la brume -ton départ pour Michaïlkovka, cet adieu du temps de la faim et de la soif.

    Quand le sommeil s'ouvre,

    tu reviens de l'éternité,

    Selma,

    ma seule vérité.

     

    Ce poème a été écrit en mémoire de Selma Meerbaum-Eisinger, morte en 1942, en Transnistrie (Ukraine), dans un camp de Michaïlkovka. Elle avait 18 ans.

    Geraldine

     

  • Couleur du Temps 6

    Là-bas j'en suis sûre
    ta robe annonce l'aurore
    et quand tu danses parmi les feuilles
    le vent dessine ses murmures
    Même les cailloux deviennent doux
     
    Là-bas j'en suis certaine
    la carafe est toujours pleine
    le pain rond comme l'éternité
    Une chaise attend sur le seuil
    que j'égrène le collier du deuil
     
    Ton souffle traverse le miroir
    et lorsqu'il passe devant mes yeux
    il éveille mille soleils
    Là-bas tu as retrouvé le Jour
    mon Amour 
    Geraldine
     
     

     

    Musique: CD Matin calme; Nicolas Jeandot.

     

    L'Apparition du jour.

     

  • Couleur du Temps 5: L'orage

    On l'espère ardemment
    Puis on entend venir de loin son galop
    Voici que brillent ses éperons
    Les mailles de l'attente se desserrent
    La main de la fièvre quitte les tempes
    et le ciel allume enfin toutes les lampes 
    dans la chambre de convalescence
    Geraldine
     

  • Couleur du Temps 4

    Pas un souffle Pas une voix Pas même la note lointaine d'un carillon

    Peut-être parfois la visite d'un pigeon qui se pose derrière les persiennes puis s'envole dans un frisson de soie déchirée

    D'un seul geste je convoque toutes les ombres

    Et je rêve que s'ouvre la porte de ta pensée

    sur mon regard oublié 

    Geraldine

  • Couleur du Temps 3

    Tu me demandes 
    chaque jour
    quel Temps il fait ici
    Aujourd'hui
    le ciel est entré avec l'abeille
    et quand la brise passe
    la lumière danse
    comme de l'encre
     
     Mais j'entends parfois 
    un lointain bruit de cavalcade
    Il y aura peut-être
    de l'orage ce soir
    Une goutte tombera 
    -puis une autre
    lorsque les mots chercheront
    leur visage
     
     Tu me demandes 
    mon amour
    quel temps il fait aujourd'hui
    et je te peins toujours
    la couleur la plus fidèle
    à l'humeur du jour
    sans jamais connaître
    la couleur de ton coeur
    ...
    Geraldine

  • Couleur du Temps 2

    Quand le soleil bouge
    l'ombre devient rouge
    Geraldine

  • Les petits bonheurs

    sont plus forts
    que le Temps
    -Une fois passés
    ils brillent encore
    comme des yeux d'enfants
    Geraldine

  • Couleur du temps 1

    Après le 15 août,

    rien n'est différent et rien n'est pareil.

    L'or du soleil tremble entre les arbres; un bourdon vole d'herbe en herbe. On déploie la nappe des rendez-vous dans la chaleur de l'après-midi... Et le regard se perd le soir dans la gorge bleue des collines.

    Mais parfois, une petite feuille tombe devant soi; quand on la pousse avec la sandale, ses bords se fendillent; on sent la satiété de l'air, gorgé du parfum des fruits mûrs; les oiseaux pépient fiévreusement dans la grange.

    On parle déjà -alors que tout n'a pas été vécu- de souvenirs de vacances.

    Et pourtant, on n'ose penser à l'au revoir frisquet du petit matin...

    Aussi on rit, on plaisante.

    Il fera beau demain.

    Geraldine

     

  • Mes trios-plaisir

    Comme c'est un blog qui se veut à la fois poétique et autobiographique, je vous livre mes trios-plaisir, cette alliance de trois petits bonheurs qui, à défaut du Grand Bonheur, rendent la vie bien douce tout de même...

    Libre à vous de faire comme moi, de publier les vôtres et si ce petit jeu d'écriture se perpétue, d'en faire -pourquoi pas?- un tag pour ceux/celles qui le désirent...

    A moi, donc:

     

    Musique  café  écriture

     

    Plateau de croissants  douche tiède   terrasse

     

    Pain grillé  fromage frais   film

     

    Encens  bon roman  gilet de laine

     

    Vent qui frappe le volet  lampe de chevet  recueil de poèmes

     

    Dentelle  danse  éclats de rire 

     

    Huile parfumée  cheveux mouillés  soleil

     

    Promenade  petit banc de bois   pique-nique

     

    Thé à la menthe  Prélude de Chopin  bougie

     

    Soufflé aux pommes  émission culturelle  le temps devant moi

     

    Pluie  noix craquante  peignoir douillet

     

    Couverture   penser à l'amant   Silence

     

    Et vous?

    Geraldine

     

     

     

     

     

  • Les trois abricots

    Ces trois abricots

    dans ma main droite,

    petits et ronds,

    je ne sais pas

    si je peux les manger aujourd'hui

    ou si je dois attendre quelques jours...

    Non; je ne sais pas.

     

    J'aimerais attendre quelques jours,

    espérant voir rosir

    leur chair orange...

    Je me souviendrais ainsi

    de la couleur de ta bouche

    quand nous nous sommes promenés

    au coeur du verger.

     

    Mais si j'attends quelques jours,

    c'est certain, leur chair se ridera;

    et les abricots fondront dans ma bouche

    comme ton baiser

    qu'après trois jours de patience j'avais cueilli...

    Saurais-je revivre aujourd'hui 

    ce souvenir?

     

    Je sais seulement

    que je n'ai pas encore mangé -ô non!-

    les trois petits abricots ronds.

    Je les garde

    -peut-être pour toi; qui sait?- 

    dans la paume désormais close

    de ma main droite...

    Geraldine 

     

     

  • Un coin de temps

    Souviens-toi mon ami
     
     à l'écart de la ville
     une grille ouverte -la maison de vacances
     le chien tranquille 
    les enfants qui jouaient à attraper le soleil
    ...
     Ne dors plus dans le présent
    Veille mon ami 
    le doux mal
    de la mémoire
     
    Geraldine