• Le visage des jours 25

    Au vent à l'eau
    aux arbres
    aux yeux ouverts de la nuit
    j'ai demandé
    Savez-vous
     
     si je retrouverai 
    cette enfance
    qui s'envola
    un soir d'automne?
    Savez-vous
     
     si je peux jouer
    à rattraper
    le foulard fleuri
    de mon enfance?
    Savez-vous
     
     où poussent les roses
    dont les épines
    blessèrent les ailes 
    de mon enfance?
    Le savez-vous?
     
     Mais je n'ai rien entendu
    que le silence
    des cailloux
    sur lesquels se posent
    mes genoux
    ...
     
    Geraldine
     

  • Le visage des jours 24

    J'aimerais voir l'autre visage de la lune

    comme un miroir dont on enlève le drap

    et dont on découvre étonné

    qu'il nous renvoie notre reflet

     

    J'aimerais être sûre

    que la lune garde en mémoire le visage

    de tous ceux qui la regardent

    Je reprendrais espoir

     

    car je découvrirais alors

    qu'aucun homme n'est seul

    s'il reconnaît son visage

    dans le regard 

     

    de l'univers 

    Geraldine

  • Le visage des jours 23; Pas mêlés

     

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    Il me plaît à penser, les yeux fermés, que tu fais la même promenade sur la baie que moi.

    Le vent pleure dans ton col. La mer rassemble ses rumeurs; le ciel ses visages.

    Et l'eau -l'eau secrète sous le sable- garde en mémoire tes pas -non loin de la trace de mes pas.

    Quelques heures à peine

    séparent ta promenade de la mienne.

    Mais il me plaît à penser, dans le calme clos de ma solitude, que pour les oiseaux, les rochers, les fenêtres des hôtels, ce rayon de soleil qui tremble,

    nous avons marché ensemble.

    Geraldine 


    Bernward Koch: Flowing blue

  • Le visage des jours 22

    Ce jour est comme les autres jours

    Même rayon gris sur les tuiles

    Même ronronnement de la ville

    Même voix tranquille à la radio

    Même tiédeur

    Même délivrance d'un sommeil trop lourd

    Mais ce jour a peut-être un visage aujourd'hui

    je vous ai donné rendez-vous

    Geraldine

  • Le visage des jours 21

    Aujourd'hui
    est un beau jour
    parce que c'est le jour
    d'aujourd'hui
     
    Geraldine

  • Le visage des jours 20

    Maintenant que l'enfance s'éloigne

    peut-on retourner du côté de chez Swann?

    Feuilleter le rêve des heures

    Faire danser les clochers dans un regard  

    Raviver l'étoile du carillon sur le seuil 

    Délier le bouquet des rires

    Remuer avec une plume les murmures amis  

    Porter à son coeur la corolle des voix

    Cueillir le geste de l'aïeule comme un parfum d'aubépine 

    Emietter le gâteau du jour dans l'eau qui tremble

    Ouvrir enfin les ailes d'un baiser

    Qui -Dites-moi

    qui accompagne

    le pas du Temps?

    Maintenant que les visages s'éloignent

    emportés par leur reflet

    peut-on retourner du côté de chez Swann?

     

    Geraldine

     

  • Le visage des jours 19

     

    nostalgie, espoir, partage

    Il restera encore

    après la fête

    un éclat de soleil dans un verre

    le papillon d'un baiser sur une épaule

    la bille d'un rire dans un regard

    la formule magique de l'enfance quelque part

    entre le coeur et la mémoire

    Passe ta main sur ton visage

    et tu détourneras les nuages

    Geraldine

  • Le visage des jours 18

    Choses qui ne durent pas

    la goutte le pollen le flocon le grain l'astre la feuille le rire la larme le souffle la pensée l'émoi la note le reflet l'éclat

     

    Tout s'éteint se disperse s'en va s'effeuille s'envole s'efface

    Et les mots? Ne me dis pas que les mots sont des mirages!

    Les mots écrits les mots signés...

     

    Même les mots

    les mots les plus amoureux

    les mots les plus beaux

    partent dès qu'ils t'embrassent

    Mais ils n'en furent pas moins présents

    quand tu avais le mal du temps

     

    Geraldine

     

  • Le visage des jours 17

    Je me souviens

    la charrette de foin dans la cour

    le chien noir assis

    l'enfant aux joues étoilées de rousseur

     

    Et ta large carrure à l'embrasure de la porte

    tes mains qui se frottent contre ton tablier fleuri

    la cuisine où ruisselle le murmure de l'horloge

    Au centre de la table les melons sont déjà coupés

     

    Une abeille butine des mirabelles ouvertes dans le panier

    préparé à notre intention avec "les oeufs tout frais de la poule"

    Après le repas tu installes les chaises sur le seuil de la maison

    Je me souviens

     

    Le fil des conversations se dévide

    pendant qu'un vent tiède d'été soulève la poussière du chemin

    J'ai appris hier que tu étais décédée d'un cancer

    On a ajouté que "tu n'avais pas serré grand monde sur ton coeur"

     

    Mais lorsque dans ma mémoire tu frottes tes mains contre ton tablier à fleurs

    je vois s'éclairer les lointains visages de cette après-midi d'août

    où tu nous offris les melons l'abeille le murmure du vent

    la poussière douce du temps

     

    sur le chemin

     

    Geraldine

  • Le visage des jours 16

    J'écoute
    dans la nuit
    le Temps
     
    qui s'égoutte
    comme un refrain
    après la pluie
     
    *
     
    Le Temps
    passe
    sans nous quitter
     
    *
     
    Quand je suis à bout
    de souffle
    je me couche
     
    je regarde le plafond blanc
    et j'entends
    respirer le Temps
     
    *
     
    On dit toujours
    que le Temps
    s'écoule
     
     Je pense
    que c'est vous
    et moi
     
     qui nous écoulons
    à travers
    le Temps
     
    *
     
    On dit toujours "J'ai le Temps"
    ou "Je n'ai pas le Temps"...
     
     Et si nous étions le Temps...
     
     Le présent ne nous serait pas étranger.
    Nous reconnaîtrions enfin notre regard
     
     dans le miroir
    de chaque journée
     
    *
     
    Salle de réunion
    où gisent
    sur les tables
    tant de feuilles écrites
     
     Mais derrière la vitre
    je vois danser
    d'autres feuilles
    -rouges
     
     Et mon regard
    change
    Il est plusieurs temps
    dans un seul instant
     
    *
     
    On ne peut ranimer le passé
    -ni par les larmes 
    ni par les sourires
     
    Notre souvenir est une bougie
    qui éclaire une seule certitude
    -celle d'avoir vécu
     
    Geraldine
     
     

  • Le visage des jours 15

    La lune 
    est pleine
    comme le bon pain
     
      Et l'oeil d'un astre
    verse
    son rêve
     
    Je lève mon verre
     en souvenir
    de l'Ami
     
    qui s'est assis
     sans rien dire
    dans la nuit
     
     Geraldine

  • Le visage des jours 14

    Poésie
    saison verte
    pendant le deuil
     
    Geraldine

  • Le visage des jours 13

    Aube -retour à la Vie
    mais aussi
    réveil de la blessure
    Geraldine

  • Le visage des jours 12

    Mon Amie est partie
    très loin
    du Temps
     
     
    Je ne l'ai pas appris
    par téléphone
    ou par télégramme
     
     
    mais par ce chemin
    qui s'est ouvert
    dans mon âme
    Geraldine

  • Le visage des jours 11

    Quelles sont ces notes
    qui tombent dans mon coeur?
    C'est Chopin qui pleure.

    Geraldine

     


     

    Arthur Rubinstein: Chopin;
    Nocturne pour piano n°7; Les Plaintives

  • Le visage des jours 10

    Tu n'es jamais seul chez Toi.

    Il y a le bruissement du feuillage derrière la fenêtre,

    les histoires que raconte le vent dans la cheminée,

    un chant d'oiseau très haut le matin,

    la goutte d'une cloche sur les tuiles,

    et puis l'aile d'une pensée qui s'ouvre dans ta main.

    Le temps te regarde comme un chat.

    Tu n'es jamais seul chez Toi.

    *** 

    Ta maison

    t'attend encore

    quelque part

     

    Derrière la vitre

    brille une petite

    lueur d'or

     

    Une voix glisse

    féline

    dans le corridor

     

    Et le Temps prépare

    pour ton coeur

    la plus belle table

     

    Tu n'es pas exilé

    si tu habites

    ton regard

    Geraldine

     

     

     

  • Le visage des jours 9

    Le rosier
    grimpera plus haut
    demain
     
    La note d'un oiseau 
    tintera 
    sur la margelle
     
    Le soleil 
    se verra salué 
    par son reflet
     
    Le temps 
    dénouera
    ses lacets
     
    et libérera
    les rires
    des secondes
     
    Hélas 
    quand tu suivras
    leur chemin 
     
    je serai déjà 
    loin
    ...
    Geraldine
     

  • Le visage des jours 8

    Peut-être 
    que le visage 
    des jours morts
    nous regarde 
    Peut-être que le souvenir 
    se mire 
    en son soupir
    On voit alors 
    dans l'eau de la mémoire
    se mouvoir 
     
     les souliers rouges
    de la Grande Soeur
    le nom de sa gourmette 
    le soleil autour duquel 
    volent encore les papillons 
    de sa voix tue
    son tablier de couleurs
    et l'insecte si vif de la joie
    qui dansait 
    avec ses gestes
     
     L'aiguille 
    de l'horloge figée
    parcourt peut-être 
    le cadran d'un astre
    invisible
    -à l'envers de l'enfance
    se reconnaissent
    la Petite Soeur et la Grande Soeur
    dont les yeux s'étaient
    tant perdus  
     
     Je fais confiance 
    au soupir
    Il ravive 
    le reflet 
    des journées mortes
    et traverse le miroir 
    comme s'il avait levé
    doucement 
    ce voile qui cachait
    une porte
    Geraldine


     
    Musique: Kate Bush; Under Ice 

  • Le visage des jours 7

    Il restera peut-être
    un brin d'herbe de la dernière saison
    un parfum de menthe bleue
    un rire délié par le vent
    un reflet à l'envers de la mort
     
     Même si tu penses
    que tout est fini
    berce la terre dans ton rêve
    pour la voir éclore
    -après l'abandon
    Geraldine

  • Le visage des jours 6

    Numériser0007.jpgPendant l'éternité où Liliane a dormi  

    le rosier a fleuri

    Qui aurait songé à l'éveil du rosier?

    Ses bourgeons étaient gris La tige épineuse et sèche intimidait toute main qui l'approchait

    Alors que les yeux de Liliane regardaient la nuit 

    le rosier s'éveilla doucement  

    Au matin le rosier était mature son parfum se libéra dans le soleil

    Quand Liliane ouvrit les paupières

    -Qui aurait songé au réveil de Liliane?- 

    quelques larmes dansèrent sur les choses 

    Liliane porta la main à son coeur

    Elle ne le sentait plus battre affolé comme un oiselet

    Existe-t-il une rose de nuit

    éclose en chaque Vie?

    Et si l'âme de Liliane enclose

    dans le secret de son sommeil 

    avait fleuri elle aussi 

    pendant l'éveil du rosier?

    Geraldine