• Le visage des jours 44: La petite maison au bord de la plage

     

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    S'il vous plaît  ne fermez pas les volets  ne rangez pas la vaisselle dans la crédence  ne pliez pas les nappes  ne recouvrez pas les meubles d'un drap

    Je reviendrai dans la petite maison au bord de la plage

    parce que je n'ai pas appris tous les jeux du vent du large  je n'ai pas déchiffré tous les coquillages  je n'ai pas assez embrassé les joues de l'enfance étoilées de sel  je n'ai pas cherché les regards qui se cachent derrière les nuages  Je n'ai pas traversé la lumière comme ce bateau 

    Il est -paraît-il-

    un vague soupir sur le sable  un peu d'air qui se ride  un peu d'eau qui tremble  à fleur de terre  après la grande marée

    Je serai ce soupir que la vague du temps déposera devant la porte 

    et il suffira d'un soupir -le vôtre-

    pour que je touche encore une fois votre visage

     

    Geraldine

     



     

     

    Musique: Vangelis; La Petite Fille de la mer   

     

  • Le visage des jours 43: Poème sur la brume

     

    decouverte

    La brume du matin

    n'est pas la même

    que la brume du soir

     

    Derrière la brume du matin

    se cache le visage de l'espoir

    La brume du matin est l'attente nécessaire

    à la toilette du monde

    Quand elle se dissipe celui-ci

    sonne plus neuf et plus beau au soleil

    On voit de très loin

    l'échancrure des collines

    On s'en étonne un peu

    mais la grâce de l'après sommeil

    nous mène au-delà du regard

     

    Quand la brume du soir

    tombe hélas

    il est déjà trop tard

    Le chemin n'ira plus très loin

    Il faut se contenter d'un pas à la fois

    se tenir à l'écart des broussailles et des bêtes

    et marcher sans autre destination que le noir

    car l'on ignore

    si l'on est perdu dans le monde

    ou si le monde

    se perd en nous

    Geraldine

  • Le visage des jours 42

    On rentrait de promenade.

    La lumière était encore chaude et l'air saturé de parfums.

    Marc répéta d'une voix joyeuse qu'il avait trouvé beaucoup de plantes pour son herbier.

    Lorsqu'on atteignit la terrasse, on se déchaussa et on s'assit dans les fauteuils d'osier.

    Marie nous dit qu'elle allait couper les tomates en rondelles et les carottes en dés.

    Odette déclara qu'elle voulait se faire proprette avant le dîner.

    L'heure était toute infusée de thym et de rires.

    Les cheveux de l'enfant avaient blondi au soleil. 

    Jérôme prit ma main et il me sembla que la nuit viendrait plus tendrement que d'habitude.

    Odile raconta une petite anecdote.

    Le bonheur avait ouvert son col. Comme sa peau était douce!

    Qui aurait pensé

    que ce soir serait le dernier

    et le soir suivant,

    un soir après le Temps?

    Geraldine

     

  • Le visage des jours 41: Curriculum vitae

    Il y a dix ans, j'habitais D. Je ne vivais pas dans cet appartement. Je n'enseignais pas dans ce lycée à des élèves aussi grands. J'étais encore très loin de N. J'écrivais, je lisais certes -mais beaucoup moins. J'avais par exemple interrompu mon Journal. Je n'avais pas autant "cheminé". Je n'avais pas repris mes études. Je sortais d'une peine de coeur. Oui; comme un astrologue me l'a dit -J'ai plusieurs vies en une.

    Je me réveille parfois étonnée, car je ne sais plus pendant un court instant si je suis dans cette vie ou dans l'autre.

    Il y a dix ans, je louais un appartement avec terrasse. J'en profitais peu. Le vent hurlait; la pluie frappait les vitres. Je m'étais habituée à la brume.

    Ici, les hivers sont longs mais je me réchauffe auprès des lampes de mes aïeux; j'entends les meubles craquer parce qu'ils rêvent; la nuit respire mieux depuis que le vent s'est tu. La pluie est plus lente; je peux traverser les parcs; je songe à l'odeur des fleurs rouies lorsque j'écris.

    Où est la terrasse au milieu des murs de briques rouges? Où est le cri de la mer qui hantait mon sommeil?

    Les lieux -le temps -les astres ont changé. Mais Tout ce que je suis, je le dois aussi à cette jeune femme lointaine.

    Aurais-je plusieurs âmes en une?

    Geraldine

  • Le visage des jours 40: L'adieu

    La seule question
    que je me pose
    Quand?
     
    Combien de saisons
    Combien de roses
    encore?

    Geraldine

  • Le visage des jours 39: Monet

     

    poesie,inspiration

    Je ne me suis pas aperçu
    que les ombres s'allongeaient
    -occupé que j'étais
    à peindre la lumière
    ...
    Geraldine
  • Le visage des jours 38; Noël 11

    Je ne sais 
    s'il est très tôt ou très tard 
    La bougie attend un visage 
    L'heure cherche sa note 
     
     Des voix qui se rapprochent 
    un léger rire d'horloge  
    Et le coeur reconnaîtrait 
    le premier temps 
     
     Mais y a-t-il une nouvelle 
    au seuil de la porte? 
    Une main trouvera-t-elle 
    la petite cloche dans l'ombre? 
     
     Il faudra peut-être 
    tricoter de longs jours
    Puisque ma chaise 
    regarde la fenêtre 
     
    je t'écris ce message
     lettre après lettre 
    comme tombe
    la neige
     
     
    Geraldine 

  • Le visage des jours 37

     

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    Pour notre rendez-vous
    je ne mettrai ni robe de couleur ni bijou
    Je me vêtirai du manteau de la nuit
    et j'irai ainsi
     
    Seul l'oeil de la lune 
    me verra passer peut-être
    Je me glisserai comme le secret
    du vent par la fenêtre
     
    Je suivrai le reflet de la flamme
    jusqu'à votre chambre
    et je traverserai votre âme
    sans me faire reconnaître
    ...
    Geraldine
  • Le visage des jours 36: Château de sable

     

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    On n'avait guère songé à Elles car notre visage s'était perdu parmi les nuages.

    Bien sûr, on les entendait respirer de très loin; mais lorsque leur souffle s'est apaisé, il était déjà trop tard.

    En silence, Elles se sont faufilées sous le sable et ont agacé nos orteils.

    Puis leur langue a léché les remparts, le donjon et les tourelles.

    Doucement le château a fondu, dévoré par le désir de la mer.

    Et cette tristesse que le sel du vent constelle, c'est le vague à l'âme.

    Certes, tout n'est pas mort.

    On garde la petite pelle rouge, le râteau dont les dents sont vertes, le seau où roulent toujours, lors du retour, quelques coquillages cueillis à fleur d'eau.

    Mais, comme chaque soir, un peu d'enfance s'achève.

    Et ne demeure que le rêve.

    Geraldine

     

     

  • Le visage des jours 35: La belle heure II

    Qui montera très haut
    dans la nuit
    quel oiseau
     
     qu'on ne distinguera plus
    des poussières d'étoiles
    car on aura depuis longtemps 
     
     perdu plumes
    et murmures?
     C'est la Poésie
     
    Geraldine

  • Le visage des jours 34: La belle heure 1

    Le bonheur?
     
     
    A l'instant où tu te dis
    la main sur le coeur
    qu'il est là
    il est hélas
    déjà
    parti
    ...
    Geraldine
     

  • Le visage des jours 33: L'heure d'été II

    Quand j'écris dans le jardin
    des couleurs dansent
    autour de mes mains
    Et je ne sais si ce sont
    des mots ou des papillons
    -peut-être les deux
    si l'âme ouvre ses yeux
    ...
    Geraldine

  • Le visage des jours 32: L'heure d'été 1

    Les pierres de la fontaine
    Le petit banc sous le chêne
    Le soleil rouge
    d'une balle dans l'herbe
     
    Tu te plaisais en ce paysage
    Si je le regarde longtemps
    peut-être y verrai-je
    sourire ton visage
    ...
    Geraldine

  • Le visage des jours 31: L'heure d'hiver II

    Je regarde 
    par la vitre 
    entrouverte
    une lampe
     
    s'y reflète
    comme dans l'oeil 
    de l'eau
    -peut-être 
     
    verrai-je
    apparaître
    ton visage
    dans son halo?
    Geraldine

  • Le visage des jours 30

    Une note reviendra -qui sait?

    Il y a peut-être

    une partition ouverte de bon matin

    un chant à cueillir au bord du chemin

    le murmure de l'eau par la fenêtre 

    un poème qui accompagne une flamme

    la danse d'un visage avec les jours

    le souffle d'un arbre en guise de réponse 

    un pas qui dérange les ombres près de la porte

    une aile de menuet pour chaque souci 

    et une voix -une voix frêle à reconnaître

    parmi toutes les voix fortes

    -Qui sait?

    Il suffit d'un grelot -un mot une note

    et ce que nous avons perdu

    reviendra peut-être

    Geraldine 

  • Le visage des jours 29; Cinq heures

    Cinq heures.

    Je le sais, non pas par le battement du coeur de l'horloge, mais par la couleur d'enfance du soleil qui flâne derrière la fenêtre...

    Alors, je sais qu'il est cinq heures pour mon coeur qui s'ouvre comme jadis quand, avec ton pouce d'écolière, tu frappais en plein hiver au coin de la fenêtre...

    Je savais alors que le soir aurait la couleur d'enfance de tes joues, et que le bonheur n'arrivait pas trop tard,

     puisque le soleil se levait sur mon coeur,

    à cinq heures.

    Geraldine  

  • Le visage des jours 28

    Un matin, j'aurai tout écrit.

    Je le saurai à la lecture du jour

    parmi les feuilles.

     

    Alors, je disparaîtrai comme une goutte

    qui cesse d'être goutte

    quand elle tombe dans l'encrier

    ...

    L'écriture est un chemin dont je ne connais pas la destination

    Un mot un rire -un autre mot une larme

    la rosée puis le désert  l'ombre et son soleil

    L'inattendu

    Toujours

    Au quotidien

     

    L'écrivain n'est ni guide

    ni prophète prometteur de lendemain

    L'écrivain chemine seul

    si longtemps et si loin

    qu'il devient lui-même

    Chemin

    ...

    Geraldine

     

  • Le visage des jours 27: Le silence de mon enfance

    Je n'ai pas fini

    d'écrire les silences dont chaque touche se souvient

    J'entends battre le coeur du temps d'à côté

    Un sac de billes s'est ouvert et des rires roulent très loin

    Une note -qui faillit être oubliée- éclôt sous ma main

    Puis une ariette égrène son collier

    Je n'aurai jamais fini -non-

    d'écrire le silence de mon enfance

    dont chaque page joue l'accord

    entre souffle et présence

     ...

    Geraldine

     

    Arthur Rubinstein joue Chopin
    Nocturne pour piano n°1

  • Le visage des jours 26: L'heure d'hiver

    Le reflet de la flamme tremble dans la carafe

    Un astre s'allume à mon doigt

    Serait-ce ta bague?

     

    Comme j'aimerais cueillir l'éclat de ton rire!

    Mais l'horloge sonne l'heure des murmures

    Qui deviendra l'hôte du coeur de l'Autre?

    ...

    On voudrait rester bien sûr

    Un mot ne peut-il pas

    fleurir encore?

     

    Mais on se contentera d'un signe

     avant de voir

     couler l'encre noire

     

    du soir

    ...

    Geraldine