• Mes nourritures terrestres

    Il faut garder la joie des choses simples

    Un rire dans l'air
    L'odeur du foin après l'orage
    Le pain croustillant
    La lettre dépliée sous la lampe
    Un bouquet de violettes
    La chaîne que l'on décroche du volet
    Le petit carnet caché dans la poche gauche
    La respiration tranquille du chat sur le livre
    Les notes égrenées d'un piano dans l'appartement d'à côté
    L'ami qui sans prévenir se rappelle à Soi

    Humilité
    est la joie

    Geraldine

  • Le coupe-papier

    J'aime détacher les pages d'un livre.
    Sous la lame brillante du coupe-papier, ces dernières résistent puis se séparent sèchement. Ma lecture est avide. Un adieu succède à un autre adieu. Mais je sais qu'à la fin de ma lecture, les bords se toucheront à nouveau, comme les volants de dentelle d'une robe après la fête.
    Parfois, j'aime attendre avant de détacher les pages.
    La phrase inachevée suspend alors sa danse; le prochain mot patiente tel un visiteur arrivé trop tôt. Il me faut offrir un peu de temps au livre, en prolonger la virginité...
    puis avancer doucement la lame brillante du coupe-papier à la jointure des pages aimées.

    Geraldine 

  • Sans titre

    Le vent coule
    dans les arbres
    et rassemble
    les oiseaux
    Proche
    est la saison
    de ton retour

    Geraldine

  • Portrait

    Chaque soir
    j'essaie
    de le dessiner
    dans ma pensée

    oeil vif
    sourire légèrement moqueur
    mèche derrière l'oreille
    doigt posé sur le menton

    ce visage
    dont je sais pourtant
    qu'il s'efface doucement
    dans le temps

    Un soir
    de trop grande absence
    ma pensée
    redeviendra blanche

    Geraldine

  • Promenade

    C'est déjà 
    Demain
    Tu le sais
    en marchant
    dans la rosée fraîche

    Alors tu poses
    ton doigt sur ta bouche
    pour ne pas interrompre
    le doux murmure d'eau douce
    de la Vie

    Geraldine

  • Départ

    Encore un baiser 
    mon ami
    avant que tu n'embarques
    pour la nuit

    et que l'eau du sommeil
    ne t'emporte
    vers ce pays
    absent de la carte 

    Geraldine

  • La route flamande

    Je revois
    le reflet des arbres dans l'eau
    la lumière qui tremble
    lorsqu'elle tombe des nuages

    et il me semble  
    que mes jours
    couleront toujours
    parallèles à ce canal

    Puis tout change
    Je me demande
    si je n'ai pas rêvé ce paysage
    si ce paysage ne m'a pas rêvée

    Peu importe
    La route flamande
    va son chemin
    à travers les arbres la lumière les nuages

    et poursuit 
    sa longue vie

    le long
    de l'eau

    Geraldine

  • L'encre de mon enfance

    Certains veulent retrouver
    un sac de cuir patiné
    une cloche d'argent oubliée dans sa crédence 
    le généreux saladier des dimanches
    l'édition des
    Contemplations que l'on déflorait avec un coupe-papier
    un puzzle au paysage japonais -si souvent reconstitué quand tombait la pluie de juillet
    une robe cousue main
    une carte d'algues sèches de Douarnenez
    un concert de Mozart sur disque vinyle
    les clés d'une porte de jardin à laquelle frappe le souvenir 

    Certains veulent continuer à écrire
    leur histoire interrompue
    en ressuscitant la mémoire
    d'un objet perdu
    En écrivant
    je verse moi
     dans le verre fragile de l'instant
    l'encre de mon enfance
    une encre épaisse et noire
    qui  lorsqu'elle coulait de ma plume
    à la page blanche
    exhalait le parfum des sous-bois
    le soir

    Geraldine

  • Sans titre

    Quand la pluie cesse
    et que le Temps
    fait sa promesse
    de beau temps

    je tends l'oreille
    Qui sait?
    Ta voix peut revenir
    entre soleil
    et souvenir

    Geraldine

  • A portée de regard

     souvenir d'enfance,partage,complicite

    La route est longue comme le temps
    Quand verra-t-on la mer?
    On voit défiler entre ombre et soleil
    des arbres des blés des bottes de foin des bouquets de luzerne
    L'enfance s'ennuie
    Verra-t-on la mer avant la nuit?

    Et puis voici
    du bleu qui danse au bord du bleu
    l'infini invitant l'infini
    On n'en croit pas nos yeux
    Le rêve se berce lui-même
    On oublierait presque le ciel

    Son nom qu'on n'a cessé
    de prononcer pendant le voyage
    s'envole à tire-d'aile
    avec nos rires
    Elle est là
    au bout de notre doigt!

    Geraldine

  • L'Attente

    L'attente donne davantage de beauté et de profondeur aux choses lorsqu'elles arrivent. Nous naissons alors autrement car, si nous sommes venus au monde il y a un certain nombre d'années, c'est désormais le monde qui vient à nous.

    Et la beauté de l'événement tient surtout du fait que nous sommes conscients de cette beauté, tant nous l'avons rêvée, désirée, espérée... avec, parfois, des élans de désespoir.

    Geraldine

  • Sans titre

    Je sors acheter
    un bouquet de fleurs
    une cartouche d'encre multicolore
    une carte postale qui promet l'infini

    Et -qui sait?
    peut-être verrai-je en chemin
    le bleu absolu et gratuit
    du regard de mon ami

    Geraldine

  • Sans titre

    Je rêve
    que tu te coules
    puis t'endors
    comme l'eau douce
    dans le blanc soleil
    de ma vie

    Geraldine

  • Humilité

    Tant que je suis vivante
    je ne peux écrire
    avec le vent
    sur la page du ciel

    J'achèterai donc demain
    un carnet et de l'encre
    dans la petite papeterie
    de la rue du Soleil

    Geraldine