• L'aube Annie

    C'est une belle
    aube Annie
    que celle
    d'aujourd'hui

    toute
    constellée
    d'ailes
    et de feuilles

    pendant
    laquelle
    je t'écris
    Seul

    manque
    ton oeil
    riant
    de petite

    fille
    mais la Vie
    monte
    indifférente

    et elle sera
    bientôt
    au zénith
    Annie


    Géraldine Andrée




    Musique: Oiseaux du jardin

  • Les groseilles

     

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    Tu décongèles, en ce matin d'automne, des groseilles.

    Tu ôtes le couvercle de la boîte en plastique qui les emprisonne et tu les laisses à l'air libre.

    Comme je suis toujours intriguée par les processus qui se déroulent de manière autonome,
    je m'approche de temps en temps, me penche et surveille cette métamorphose.

    Les cristaux fondent doucement et, si je les touche du doigt à la phase ultime,
    ils éclatent sur la peau rose.

    Bientôt, de minuscules gouttes constellent les groseilles
    comme en ce matin d'été lorsque après avoir été séparées de la brise et du soleil,

    elles versèrent entre tes doigts
    la rosée de leur regret.

    Géraldine Andrée

  • La vasque de pierre

    J'ai voulu faire un détour ce matin par le jardin pour voir si la fontaine dansait encore avec toute sa grâce de jeune fille aux mille chevilles.

    Mais le jardin était clos.
    Et je n'ai pas entendu couler le chant de l'eau derrière les arbres.

    Il me semble pourtant que c'était hier que je m'asseyais au bord de la vasque de pierre en songeant à toi qui m'avais promis de revenir, avant que ne pâlisse la saison de la lumière.

    Aujourd'hui, la vasque est sèche et sûrement jonchée de feuilles.

    Je suis alors rentrée chez moi en me demandant:

    Le présent ne serait-il pas un éternel deuil?

    Géraldine Andrée

  • La conversation sous les arbres

     

    amants,partage,complicite

    Nous avons longtemps
    conversé sous les arbres
    cet été-là
    Hélas! 

    J'ai beau tenter de me souvenir
    je ne saurais dire
    quelles étaient vos paroles
    quelles étaient les miennes

    ni même
    qui a dit  Je vous aime!
    à l'autre
    pour la première fois...

    Peut-être
    l'un
    a-t-il parlé
    pour l'autre?

    Je me demande
    si le temps d'autrefois
    lui-même
    s'en souvient!

    Cela 
    est encore moins 
    certain...
    Aujourd'hui

    tous les mots d'hier
    vont et viennent
    à la recherche
    de nos lèvres

    et je les entends
    qui s'exclament:
    Nous ne pouvons pas
    dire -hélas! 

    s'il reviendra
    le beau temps des mots
    partagé
    sous les arbres!

    Géraldine Andrée

  • Le souffle des feuilles

     

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    J'aimerais
    avoir
    la sagesse légère
    des feuilles

    dont le souffle
    s'en ira
    un jour
    de septembre

    emporté
    par un souffle
    plus grand
    et qui pourtant

    dansent
    et jouent
    avec le souffle
    de ce jour

    pour que la joie
    de leurs murmures
    dure
    le temps

                  d'un souffle

    raldine Andrée

  • Annie

    Tu croyais qu'Annie
    serait toujours là
    courant riant
    comme une joyeuse évidence

    Tu croyais en l'éternité
    de votre enfance
    Mais Annie a ri et couru
    si loin qu'elle a disparu

    tout petit point de silence
    au bout du temps
    Désormais le temps
    martèle cette évidence

    Annie ne reviendra pas
    Et tu aurais dû prendre
    conscience au moment
    où il était encore temps

    des jours fragiles
    d'Annie
    du bleu pâle
    de votre joie

    et de son rire
    dont les étoiles
    brillaient alors
    qu'elles étaient déjà

    éteintes
    Tu n'aurais pas dû
    croire aveuglément 
    en l'éternelle 

    présence d'Annie
    Tu aurais ainsi
    regardé
    plus longtemps

    dans votre miroir
    commun
    l'évidente ressemblance
    de vos visages

    qu'une courte
    éternité 
    rapprochait
    -toute

    entière
    contenue
    dans l'évidence
    d'un seul nom

    qui t'aurait
    pour toujours
    unie
    à Annie 

    Enfance

    Géraldine Andrée 

  • La fête de l'adieu

    Toutes ces feuilles
    offertes
    au vent
    qui rejoignent
    la terre
    en leur dernière
    fête
    de lumière!

    Tous ces noms
    détachés des vivants
    et qui chuchotent
    à l'aube
    après avoir ouvert
    les ailes
    de leurs syllabes
    en songe!

    Est-ce deuil
    que tous ces noms
    toutes ces feuilles
    en allés?

    Si léger
    presque joyeux
    est l'adieu
    dont le signe

    danse
    encore
    devant
    nos yeux!

    Géraldine Andrée

  • L'éclat de ta voix

    J'entends ta voix
    dans la nuit
    alors que tu nous as quittés
    il y a des années

    Elle possède la clarté absolue
    de ta voix de jadis 
    qui s'allumait
    dans notre vie

    lorsque tes paroles
    couraient
    d'une chambre
    à l'autre

    comme des enfants
    dont le jeu
    se prolonge
    tard
    dans l'ombre

    Ainsi je songe
    en ma longue
    nuit d'aujourd'hui
    que ta voix ressemble

    à cette étoile
    qui nous envoie
    son éclat
    depuis le plus lointain

    des commencements

    alors que son coeur
    indifférent
    à toute mémoire

    s'est éteint
    il y a de cela
    bien longtemps 
    dans le temps noir

    Géraldine Andrée 

  • Au coeur de l'hiver

    Tant que l'homme
    au coeur
    de l'hiver
    pourra se souvenir

    de quelques poèmes,
    dire ou même
    murmurer
    quelques vers,

    il ne sera jamais
    seul.

    Géraldine Andrée