• Comment j'aime les poètes...

     

    hommage,inspiration,poesie,partage

    Rimbaud...
    Celui qui m'a tenue éveillée très tard lorsque j'avais seize ans; je me souviens bien de ses
    Illuminations qui éclairèrent tant mes nuits qu'elles devinrent diurnes...
    Celui dont j'ai lu toute l'oeuvre: des
    Etrennes des orphelins aux Lettres d'Ethiopie...
    Celui que j'ai retrouvé dans l'ouvrage
    Arthur Rimbaud de Jean-Luc Steinmetz qui m'a tenue en haleine tous les soirs de l'automne 2009.
    Celui qui transcende toutes les époques dans
    Arthur Rimbaud d'Henry Miller -la gémellité spirituelle de ces deux auteurs m'a d'ailleurs fascinée.
    On a dit que ce poète était un météore. Moi, je ne le pense pas. Un météore s'en va et ne revient jamais. Arthur, lui, revient toujours vers ses lecteurs.
    On a dit que c'était un adolescent fugueur. Mais il est très fidèle à ceux/celles qui aiment ses poèmes. Et s'il part longtemps, c'est pour un retour plus ardent encore.
    On associe sa biographie à une fin de vie difficile, à une agonie douloureuse. Elle l'a été, sans nul doute. Pourtant, jamais Rimbaud mourant n'a été aussi vivant.
    On le disait insolent; forcément: il s'était donné comme mission d'être "le fils du Soleil".
    Que de clichés, je trouve, sur Arthur Rimbaud!
    Mais le poète -le vrai, celui qui se veut absolument libre- franchit les clichés comme des ponts.
    Il n'est pas davantage ce beau visage rêveur que les adolescentes sentimentales retrouvent dans leur livre de littérature, ni l'amant effronté de Verlaine.
    Il est bien plus que tout cela. Il est la présence pure, c'est-à-dire celle qui rayonne dans son absence même.

    Géraldine Andrée

    Image: Henri Fantin-Latour (1836-1904) Coin de table avec, de gauche à droite, Paul Verlaine, Arthur Rimbaud, Elzéar Bonnier, Léon Valade, Emile Blémont, Jean Alcart, Ernest D'Hervilly, Camille Pelletan  1872

  • Le livre de Mémoire

    La page
    que je préfère
    si j'ouvre
    le livre de Mémoire

    cette aventure
    absolue 
    entre le clair
    et l'obscur 

    que nul souvenir
    de plaisir
    plus ensoleillé
    ne peut effacer

    c'est lorsque
    tu ouvrais
    la porte
    de l'armoire

    que ta bague
    faisait danser
    des étoiles
    sur les reliures noires

    et que tu me disais
    dans un souffle
    si proche
    qu'il me semblait

    venir
    de mes propres
    lèvres
    Choisis

    je t'en prie
    un livre
    pour le rêve
    de ce soir!

    Géraldine Andrée

  • Le grand escalier

     decouverte,quete

    D'abord,
    la porte
    d'entrée
    s'ouvre
    toute seule
    -il me suffit
    de la pousser
    un peu-
    et une odeur
    de feuilles
    mouillées
    m'accueille...
    Dans l'ombre
    du grand escalier
    luit
    le pommeau d'or
    de la rampe...
    Je gravis
    les marches
    et lorsque le talon
    de mes souliers
    claque
    contre
    les dalles,
    monte
    en moi
    le sentiment
    de l'Inéluctable
    qui fait battre
    mon coeur
    plus fort.
    Quand j'arrive
    au premier étage,
    des voix d'enfants
    pépient
    et puis,
    il y a cette senteur
    de reine-claude
    cuite
    au four
    qui flotte
    sur le seuil
    d'une porte...
    Je reprends
    mon ascension.
    A l'étage second,
    j'entends
    la respiration
    du temps
    qui fait
    la sieste
    comme un chat
    enroulé
    sur lui-même.
    Dans une ombre
    plus épaisse,
    j'avance
    à tâtons
    quand, soudain,
    jaillit le bleu de mer
    du vitrail
    qui m'annonce
    le troisième étage.
    Je me réjouis alors
    que le jour
    m'ait attendue.
    La vague
    de mon sang
    frappe
    mes tempes.
    D'une main tremblante,
    j'appuie
    sur la sonnette
    et dès que je vois
    à l'embrasure
    de la porte
    ton visage
    m'apparaître,
    je sais
    que commence
    Le Voyage...

    Géraldine Andrée

  • Correspondance

    Comme les ombres
    s'allongent
    à cette heure
    Voici

    le temps
    des lueurs
    Deux lampes 
    alors

    s'allument
    -l'une
    à la fenêtre
    de droite

    l'autre
    à la fenêtre
    de gauche-
    Je contemple

    de l'extérieur
    ces deux lampes
    qui me regardent
    ensemble

    presque
    réunies
    comme deux soeurs
    et je songe

    à mon amie
    de coeur
    qui s'éteignit
    jadis dans la nuit

    Mais l'absence
    ce n'est peut-être 
    pas cette longue
    nuit aveugle

    que j'ai si
    longtemps
    ressentie
    car il est -je pense-

    derrière le silence 
    un échange  
    secret 
    entre deux âmes

    qui correspondent
    dans l'ombre
    muette
    en s'envoyant 

    en guise 
    de lettre
    de toutes
    petites

    lueurs
    qui dansent
    ainsi
    d'un temps

    à l'autre
    ...

    Géraldine Andrée

  • Le compagnon

     

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    Je marcherai avec toi le temps qu'il faudra.
    Ensemble, nous traverserons toutes les nuits nécessaires.
    Je t'inviterai à t'appuyer sur mon épaule pour déjouer la traîtrise des ornières.
    Je frotterai tes mains dans les miennes lorsque le froid envahira les chemins.
    Tu boiras à mes lèvres la neige que mon souffle aura réchauffée.
    Et, avec mon grand manteau de laine, je te protégerai des vents qui éteignent les étoiles.
    Mais après toutes ces épreuves, -sois-en sûr- tu verras trembler la lueur d'une lanterne -la tienne, en vérité.
    Je ferai encore quelques pas jusqu'à la porte, jusqu'à ce que tu trouves dans l'ombre la clé qui brille.
    Lorsque la serrure aura cédé, je m'arrêterai sur le seuil
    et te regarderai entrer
    seul.

    Géraldine Andrée