• Il se dit que

    Il se dit que
    lorsque vous rêvez
    d'un ami lointain,
    c'est le signe
    que cet ami
    pense à vous:

    alors,
    puisque je rêve
    du remous
    des feuilles
    dans la jeune
    brise d'août,

    de la poussière
    soulevée
    par mes sandales
    quand je courais
    à la rencontre
    des étincelles,

    de l'odeur
    de l'herbe
    après l'ondée
    qui montait
    comme une amante secrète
    jusqu'à ma fenêtre,

    de la chatte
    qui enroulait
    son ombre
    noire
    au centre
    du soleil,

    c'est le signe
    que les feuilles
    depuis longtemps
    tombées,
    les grains de poussière
    par le vent dispersés,

    l'herbe suave,
    fanée
    et ratissée,
    il y a de cela
    plus de dix
    années,

    l'ombre noire
    de la chatte
    décédée
    qui dort
    dans le ventre
    d'une autre lumière

    -oui, tout le jardin
    et même
    chaque pétale
    de rose
    que ma mémoire
    recompose-,

    rêvent
    de Moi,
    dites-moi?

    Géraldine Andrée

  • Je ne sais pas pourquoi...

    Je ne sais pas
    pourquoi
    je rêve
    de ce chemin
    qui court
    sous les pins
    avant de monter
    au soleil...

    J'entends
    même
    ses menthes
    qui chantent
    dans le vent
    comme si
    j'y marchais
    en vrai...

    Je ne sais pas
    pourquoi
    je rêve
    souvent
    de ce chemin
    qui va tellement
    loin
    dans ma mémoire,

    que je m'en souviens
    avec chagrin
    au réveil...
    A moins
    que ce ne soit
    le chemin
    qui rêve
    de moi:

    voilà pourquoi
    son destin s'écrit
    dans ma nuit
    jusqu'au matin,
    jusqu'à ce que le soleil
    le fasse retourner
    d'où il vient,

    et que je consente

    à vivre
    sans le suivre...

    Géraldine Andrée

  • Derrière ces fenêtres

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    Derrière ces fenêtres
    où s'alignent
    les pots de menthe,
    de thym et de sauge,

    où le vent,
    ce vieil enfant,
    chante
    sa comptine,

    la lumière
    danse
    en ballerines
    d'or,

    juste avant
    que les persiennes
    ne se referment
    pour le soir,

    dis-moi,
    quelles histoires
    heureuses

    ou chagrines

    les gens,
    chaque jour,
    peuvent-ils
    bien vivre?

    Géraldine Andrée

  • Retrouvailles

    Entrer dans le petit salon de jadis.

    Ouvrir les volets: se faire le témoin de la silencieuse rencontre entre la lumière et la sylphide de verre.


    Serrer sur son coeur une écharpe de laine, en attendant que le feu prenne.


    Puis, tourner la clé grise dans la serrure du secrétaire.

    Retrouver dans l'ombre le cahier à spirales de ses seize ans....

    Le feuilleter: les pages ont à peine changé: elles tournent sur les spirales d'argent avec le même craquement léger ; les lignes ont un peu jauni et l'encre est plus pâle, nécessairement;
    mais les mots d'autrefois sont restés fidèles à ce que l'on est désormais; ils s'adressent à soi, sans distance, comme si l'on revenait d'une promenade sous les arbres.

    Alors, déboucher le stylo d'aujourd'hui et continuer:
    écrire là où l'histoire s'est soudainement arrêtée, quand il a fallu partir loin pour faire des études, et abandonner cet amour, en septembre, juste après la saison des roses.

    Reprendre le journal, au moment où l'on eut si mal, que les pages prévues du futur demeurèrent blanches.

    Ecrire que l'on est parti puis revenu en vie.
    Faire signe à ses seize ans qu'il peuvent rentrer maintenant dans notre vie.
    Et se dire avec apaisement, sans nostalgie, que retrouver ce cahier était écrit.

    Géraldine Andrée

    Journal