déroutants possibles

  • Elle écrit

    Elle écrit alors qu'elle saigne.
    Pas d'enfant encore ce mois-ci.
    Il faut faire le deuil du berceau,
    du baptême, du prénom.
    Alors, pour oublier qu'elle saigne,
    elle écrit
    et elle regarde couler
    sur la feuille blanche
    ce sang bleu,
    ce sang d'encre
    qui est un peu le sien
    et qui met au monde
    sous ses mains
    un poème,
    venu de l'obscur désir
    de la nuit,
    à la fin duquel
    elle signe
    son nom.

     

    Géraldine Andrée

  • Le poème vient souvent

    Le poème vient souvent à moi alors que je fais la vaisselle, que j'enlève d'un meuble la neige du temps ou que je sors un plat en porcelaine de la nuit de la crédence.

    Un frétillement frôle soudain mon épaule. 

    Pour ne rien précipiter - sinon, qui sait ? je briserais un objet et retarderais l'instant ultime -, j'achève ce que j'ai commencé. J'accomplis la destinée de mon geste puis je vais vers mon cahier.

    Là, mon doigt recueille le poème qui voletait en orbite autour d'une corolle de soleil et le dépose sur l'une des pages blanches.

    Mon coeur est alors comblé 
    car j'ai laissé au poème tout l'espace
    pour qu'il puisse ouvrir ses ailes 
    sans ressentir la nécessité de s'envoler.

    Géraldine Andrée

     

  • L'hôte

    Quand, dans la maison de jadis, j'avais fini ma toilette du soir et que j'empruntais le petit escalier pour me rendre à ma chambre,

    je rencontrais souvent un rayon de lune clair qui baignait les dalles grises.

    Je m'arrêtais alors, à chaque fois surprise.

    Et il me semblait que le rayon allumait une lampe nouvelle dans mon corps, qu'il faisait offrande à mon sang du lait d'or de l'univers.

    J'entrais dans le rêve, ainsi habitée.

    La maison de jadis a été détruite pour laisser place à une entreprise de fabrication de miroirs.

    Où luit le rayon de lune maintenant ? Peut-être qu'il attend encore que mon pas s'arrête, puis que je le guide, immobile, jusqu'à la chambre secrète de mon Être et que je lui dise :

    "Tu peux venir habiter Ici ! Je suis ta maison !" 

    Hélas, tout s'achève, même l'amitié d'un rayon de lune.

    Les nuits changent et abolissent les rêves précédents.

    Comme celles de l'enfance ont passé vite !

    Géraldine Andrée

  • Elle rêvait

    Elle rêvait qu’elle était cachée en robe légère d’enfance parmi les herbes hautes derrière la maison, au-delà de la barrière où il était défendu d’aller.
    Les autres l’appelaient, la cherchaient depuis deux heures : en vain.
    Elle était désormais au centre de la ronde du vent qui dansait en costume d’or avec chaque senteur de menthe.
    On pouvait passer encore et encore sans la voir ;
    elle était couchée en croix dans la constellation des abeilles, tandis que le monde tournait doucement son visage vers l’ombre du soir.
     
    Géraldine Andrée

  • Le vent

    Le vent,
    c'est le Temps :
    il lave le ciel ;
    détache les vieilles feuilles d'un geste sec ;
    mêle les herbes nouvelles et récolte leurs parfums
    pour les disperser sur les chemins ;
    allume des flammes dans le reflet des flaques ;
    clôt des portes, en ouvre d'autres ;
    défait les chaînettes des volets qui aveuglaient les fenêtres ;
    dénoue les cheveux trop sages ;
    soulève les jupes trop prudes ;
    glisse un frisson prêt à fleurir dans les cols.

    Il ne nous donne qu'une possibilité :
    celle de nous abandonner
    à une puissance supérieure à notre volonté
    en nous incitant à fermer les yeux
    que son grand éclat de rire
    constelle de larmes et de brindilles ;
    puis il nous pousse à faire quelques pas
    dans la direction que l'on hésitait à prendre
    par temps calme.
    Le vent,
    c'est la Vie qui s'accélère,
    portée par le souffle de notre âme.

    Géraldine Andrée
    Journal d'instants

  • Les prunes

    La lumière baissait doucement
    et il me semblait qu'elle laissait
    sur la nappe, en partant,
    ses pétales d'argent.

    J'ai vidé mon verre
    de la dernière goutte de liqueur
    -et toi, pour m'accompagner dans le couloir,
    tu as serré ton châle sur ton coeur.

    Au moment où nous franchissions le seuil,
    tu as déposé dans une petite serviette
    de papier blanc
    quelques prunes violettes,

    que tu as ensuite
    cachées dans ma main droite,
    et ce fut pour moi presque
    une offrande:

    "Tu les mangeras demain,
    en guise de dessert."
    J'ai descendu ainsi la côte,
    les mains jointes

    afin de ne pas semer
    par mégarde
    les prunes
    en chemin.

    Le vent s'était levé
    dans les arbres
    et j'entendais
    les feuilles s'appeler.

    A chaque pas,
    la lanière de mes sandales
    mordillait
    mes chevilles.

    Dans ma chambre,
    j'ai disposé, épuisée,
    les prunes de cette fin d'été
    au coeur d'une soucoupe

    puis je suis allée me coucher.
    Le lendemain matin,
    l'appel du téléphone
    m'a réveillée,

    et j'ai appris la nouvelle.
    Je me suis frotté,
    hagarde,
    les yeux au soleil.

    Ce n'était pas si loin,
    c'était juste la veille;
    et pourtant, je ne descendrais plus
    la côte de ta maison,

    effrayée par le vertige
    du vent dans les feuilles.
    J'aurais offert à une main invisible
    tous les jours de ma vie

    pour avoir encore
    mal aux chevilles
    en rentrant
    de chez toi.

    Voici le jour
    d'aujourd'hui
    et je n'ai toujours
    pas mangé les prunes

    qui sont rouges
    et gonflées
    comme des yeux
    qu'on a trop longtemps

    cachés
    dans la blanche nuit
    d'un mouchoir
    en papier.

    Géraldine Andrée

     
  • Je ne sais pas pourquoi...

    Je ne sais pas
    pourquoi
    je rêve
    de ce chemin
    qui court
    sous les pins
    avant de monter
    au soleil...

    J'entends
    même
    ses menthes
    qui chantent
    dans le vent
    comme si
    j'y marchais
    en vrai...

    Je ne sais pas
    pourquoi
    je rêve
    souvent
    de ce chemin
    qui va tellement
    loin
    dans ma mémoire,

    que je m'en souviens
    avec chagrin
    au réveil...
    A moins
    que ce ne soit
    le chemin
    qui rêve
    de moi:

    voilà pourquoi
    son destin s'écrit
    dans ma nuit
    jusqu'au matin,
    jusqu'à ce que le soleil
    le fasse retourner
    d'où il vient,

    et que je consente

    à vivre
    sans le suivre...

    Géraldine Andrée

  • Le foulard bleu

    Jouons aujourd'hui:
    noue autour
    de mes yeux
    ton foulard bleu
    tout fleuri:

    Que je voie
    une fois
    le monde
    par les yeux
    de ces bleuets:

    Le monde
    que voici
    est,
    tu sais,
    plus vrai

    que l'autre
    qui se voit
    de l'autre
    côté
    du bandeau,

    et dont on croit,
    à tort,
    qu'il est
    nôtre
    alors qu'il peut

    très vite
    disparaître
    derrière les yeux
    en fleurs
    d'un foulard bleu.

    Géraldine Andrée

  • Que vois-tu ainsi?

     decouverte,identite,partage,complicite,quete,inspiration

    Que vois-tu ainsi?

    Je vois un pays d'or bleu,
    une taie d'eau éclairée
    quand se dissipe
    le bavardage silencieux
    de tes pensées,

    une étoile
    toute proche
    si je prends le temps
    de voir éclore l'iris
    qui la cache.

    Je te vois me regardant
    du ciel intime de ton enfance
    aujourd'hui reconquise.
    Tu n'es, vois-tu, jamais seule:
    j'ouvre l'oeil

    sur ton oeil.

    Géraldine Andrée

  • Léonce

    Quand je quitte la maison, je suis sûre que Léonce écarte les ombres, sort de sa cachette et commence à vivre.

    Oh! Je n'en ai pas la preuve irréfutable!

    Mais j'ai parfois ramassé quelques miettes sur le tapis, un pétale tombé d'une rose fraîche comme si un souffle l'avait emporté. Il m'est aussi arrivé d'ouvrir mon cahier à une page légèrement écornée. Et la chatte, un soir, m'a regardée d'un air étrange, avec une étoile supplémentaire dans les yeux, il me semble...

    Certes, le coeur de l'horloge bat toujours de son même rythme sage.
    Je ne peux surprendre un éclat de rire entre la crédence et le canapé, car le silence a bien pris soin ensuite de le recouvrir. Quand je longe le couloir de l'entrée, aucune main ne s'oppose à mon passage. Dans le reflet du miroir, je ne vois que mon visage. Et le gâteau du petit déjeuner n'a guère diminué...

    C'est sûr que Léonce n'a pas le temps de tout déranger car, dès que mon pas franchit le seuil de la porte, il doit s'élancer dans l'ombre, se tapir derrière les livres et me regarder vivre,

    jusqu'à ce qu'à nouveau je sorte et lui laisse la place libre...

    Géraldine Andrée

  • La pierre de l'enfance

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    Cette pierre
    ronde,
    chaude et dorée
    dans la lumière,

    étoilée des notes
    de la menthe
    qui chante
    dans le vent,

    et autour de laquelle
    les fourmis
    s'affairent
    en traçant

    dans la terre
    sombre
    une ronde
    de silence,

    je l'ai déjà touchée,
    quand j'y pense,
    toute seule,
    réfugiée

    en mes songes,
    lorsque j'avais l'âge
    très ancien
    de l'enfance

    du monde.

    Géraldine Andrée

  • Sans titre

    J'ai les yeux qui piquent:
    ce n'est pas à cause
    du parfum des roses
    et des menthes sauvages
    qui poussent
    là où tu couches,

    mais parce que
    je te cherche
    et te trouve
    dans chaque étoile
    où tu joues
    à cache-cache.

    Géraldine Andrée

  • La voyageuse nocturne

    Je descendrai mes bagages alors que les lampes s'allumeront et que la casserole fumera.

    Je verrai la clarté blanche de la lune se refléter dans le pare-brise du taxi.

    Jusqu'à la gare, noire sera la Départementale 23.

    Au moment de composter mon ticket dans le hall, je sentirai glisser près de mon coeur le serpent d'un courant d'air. Je ferai donc un deuxième noeud à mon écharpe. Le train sera très vite annoncé.

    Dans le compartiment D, brilleront des lampes brunes qui n'éclaireront pas vraiment.

    Je n'aurai besoin de rien -ni de lire, ni de dormir; je tiendrai entre mes mains la tasse en plastique d'un café sur lequel je soufflerai sans me rendre compte qu'il aura tiédi.

    Je ne serai plus ici; je ne serai pas encore là-bas; petit point mobile entre deux points. Le train roulera très vite; je ne reconnaîtrai pas le moindre endroit; peut-être à la rigueur le pays de Causses qui me fera signe en étoilant la vitre de ses gouttes de pluie.

    Je dormirai brièvement, d'un sommeil sans rêve, habité par la seule douleur de ma nuque mal positionnée.

    Au petit matin, sur le quai de la gare d'arrivée, ma vue sera un peu brouillée; je ne reconnaîtrai pas davantage ton pays. Cela fait si longtemps... songerai-je.

    La lune me paraîtra lointaine dans le ciel blanc et lorsque je m'approcherai du taxi, je verrai dans le reflet du pare-brise que le jour aura congédié la nuit.

    De toutes jeunes fleurs auront poussé au bord de la petite Départementale 5.

    Le taxi rentrera si rapidement dans le Domaine qu'il me semblera voir l'allée s'élancer comme une enfant vers moi: elle me sera nouvelle même si j'y ai cheminé bien des fois.

    Quand le taxi s'en sera retourné, j'entendrai mes pas résonner sur les pierres de l'escalier -juste avant la sonnette, le baiser, la surprise peut-être de te trouver changée;

    et toi aussi, sans doute, tu confondras vieillesse et fatigue car le voyage de nuit aura creusé la ride que j'ai au coin de la bouche.

    Ce n'est pas grave... Tu me prendras le bras et tu me diras: viens boire une tasse de café chaud.

    Je poserai mes bagages dans le corridor. Les lampes seront allumées et la casserole fumera, comme hier encore.

    Qu'importe l'endroit; qu'importe le domaine:

    Ce n'est pas le temps qui passe; c'est nous qui passons dans le temps, toujours nous précédant et nous suivant nous-mêmes.

    Géraldine Andrée

  • Sans titre

    C'est dommage que vous ne soyez pas venu:

    j'avais déplié le ciel d'été sur la table, fait lever le soleil de la pâte, et, tout au bout du jour bruissant, au cas où vous auriez souhaité vous reposer, préparé la chambre au frais silence.

    La rosée a séché sur les fruits. La pâte est brune comme la terre. J'ai rangé le ciel d'été dans la nuit du buffet; et j'ai fermé la fenêtre de la chambre sur le silence qui s'allonge.

    Mais une question, que je ne parviens pas à chasser, papillonne, toute frêle:

    Demain, peut-être?

    Géraldine Andrée

  • Le froid de l'aube

    Comme il est âpre, le froid de l'aube quand je quitte les draps chauds et ta peau!
    Comme il court sur mon dos!
    Il me semble que son frisson me vient de loin: de là où personne ne va: des sous-bois, des sources maudites, des humus de la nuit,
    et qu'il entre dans ma maison pour toute la saison.

    Géraldine Andrée 

  • La dernière chambre

    La dernière chambre avant le voyage.

    Les draps frais, lisses et blancs où l'on ne dormira qu'une seule fois.

    La savonnette dont on aime bien le parfum -mais qui fond très vite dans la main.

    La salle d'eau si étroite qu'on peut toucher les deux murs opposés sans tendre les bras.

    La petite cabine de douche vite imprégnée de buée.

    Le sèche-cheveux qu'on laisse souffler -bon gré, mal gré- et qui nous laisse, lui, tout ébouriffés.

    L'heure de la lumière que l'on programme -il faut oublier la naissance patiente de la lumière du jardin.

    L'anthologie que l'on pose sur la table de bois blanc, pour se rappeler que, ce matin encore, on la lisait chez soi. Mais les poèmes, étrangement, n'ont plus la même résonance; comme si, eux aussi, conspiraient à notre exil.

    Et la nuit derrière le store, traversée par les éclairs bleus des tours de l'aéroport.

    Et le sommeil sans rêve jusqu'au lendemain.


    Ne pas être parti et être déjà loin.

    Géraldine Andrée

  • Moments d'écriture 3

    Dans le noir
    silence,
    une petite lampe
    éclaire sans faiblir
    le poème
    que tu lis
    pour que celui-ci
    éclaire ta Vie
    de sa lumière.

    C'est ainsi
    depuis toujours:
    La poésie 
    prend 
    dans le silence
    de la nuit
    sa revanche
    contre la Nuit.

    Géraldine Andrée

  • Sans titre

     identite, connaissance, nostalgie

    C'est un très ancien petit chemin. Je ne sais s'il existe encore. Les ronces et les plantes sauvages l'ont peut-être soustrait aux regards depuis tout ce temps. Je l'emprunte dans ma mémoire, néanmoins, quand je suis seule le soir.
    Et je vais vite. Je me sens libre comme jadis, lorsque j'étais cette enfant que personne ne pouvait suivre.
    Je deviens
    mon propre chemin.

    Géraldine Andrée

  • Sans titre

     illusion et vérité

    Ah! Je me demande
    Pourquoi ce vertige?
    C'est la lune grise
    qui danse
    mon ami
    dans la brise

    et qui s'amuse
    s'amuse tant
    que tout ce que tu croyais
    vrai jusqu'à présent
    se brise
                     et disparaît

    Géraldine Andrée

    Image: Higashiyama Kaii (1908-1999); Fleurs de cerisier au clair de lune, 1982


  • Retour à l'aube

    Quand tu marches
    dans le brouillard
    du petit matin
    tu viens lentement

    au monde

    car la haie du jardin
    le banc devant la maison
    soustraits
    à ton regard

    par ce souffle blanc
    sans qu'ils soient
    effacés
    pour autant

    te demandent
    d'aller
    pas
    à pas

    à leur rencontre

    Géraldine Andrée

  • Le petit exil

    J'ai quitté la fête
    en cachette.
    J'ai pris le chemin
    de traverse
    qui va
    de la maison au bois.

    Dans l'ombre
    douce,
    dansaient
    les lueurs
    rousses
    des lucioles.

    Cela sentait bon
    la menthe
    comme si la nuit
    avait ouvert
    le col
    de sa longue robe.

    J'ai oublié
    les visages
    des voix
    et les notes
    des chansons
    roulaient

    de plus en plus
    lointaines
    -telles les perles
    d'un collier
    qui se perdaient
    à jamais.

    Et j'ai pensé
    Qu'importe
    que je me dérobe
    en secret
    à toutes les lumières,
    toutes les mémoires...

    Absente,
    je me présente
    enfin
    à moi-même.
    J'ai quitté la fête
    en cachette.

    Géraldine Andrée

  • Le timbre poste

    Il fallait le détacher très doucement des autres timbres pour ne pas déchirer ses bords de dentelle...
    Le timbre, en effet, est aussi fragile qu'un papillon qui ne parvient plus à voler si l'une de ses ailes est blessée.
    Trop éraflé, il eût été refusé par le postier.
    Puis, lorsqu'il se tenait intact et tout léger au bout de l'index, il se laissait humecter.
    On pouvait même le déposer au coin droit de l'enveloppe dans un ultime baiser.
    On était alors certain que la lettre arriverait à l'aurore suivante, qu'elle attendrait l'ami sur le bol de faïence, grande aile blanche éclose dans la patience.
    Mais aujourd'hui, les messages abrégés sous forme de SMS/MMS,
    qui prétendent voler à la vitesse de la lumière,
    se heurtent et chutent dans le paysage fleuri d'un écran,
    refermant leurs ailes
    virtuelles.

    Géraldine Andrée

  • La main devant les yeux

    Ce matin-là
    avait tant d'éclat
    que j'ai posé ma main
    devant mes yeux;

    et il m'a semblé voir
    passer ton regard
    parmi les ombres
    bleues;

    mais était-ce
    vraiment Toi ?
    Dans l'éclat d'un songe,
    je vois

    passer mon ombre
    qui cherche
    une réponse
    parmi ces ombres

    qui passent sans fin
    devant mes yeux
    que cachent
    mes mains...

    Géraldine Andrée 

  • L'heure d'été

     

    Numériser0009.jpg

    On veut prolonger les lueurs du soir pour écouter encore les silences parsemés de cigales et de confidences...
    Les visages se rapprochent dans l'ombre: il est des choses qu'on n'a pu se dire tant il y eut de promenades, de corbeilles et de bouquets...
    Puis une chaise se déplace; quelqu'un se lève. Le moment est venu d'aller dormir; certains partent déjà demain.
    On s'embrasse; on se souhaite Bonne nuit! Bonne vie!
    On n'oubliera pas de s'écrire.
    On promet même de garder toute l'année
    le temps de son coeur
    à l'heure d'été.

    Geraldine

  • Sans titre

    Mon Dieu donnez-moi
    des grains pour le voyage
    des étincelles pour la force
    des gouttes pour la patience

    Et à la fin
    de mon chemin
    jetez des brindilles
    pour que l'ami

    entende 
    le crépitement
    de ma présence

    Le très petit
    ne mène-t-il pas
    au très grand?

    Geraldine

    Poème écrit le 13 Mai 2012
    Extrait d'un recueil à paraître
     

  • Sans titre

    Quand la pluie cesse
    et que le Temps
    fait sa promesse
    de beau temps

    je tends l'oreille
    Qui sait?
    Ta voix peut revenir
    entre soleil
    et souvenir

    Geraldine

  • Le visage des jours 94: Toute l'histoire

    La danse des fresques rupestres autour de la flamme
    Les noces incas du sang et du soleil
    L'assassinat de Jules César
    Le rêve à portée de ciel des cathédrales
    Les chants perdus dans la poussière des Croisades
    Les conquêtes de Charles Quint
    L'évidence que la terre tourne
    La liberté qui s'écrit contre tous les fanatismes
    Les belles soirées du Petit Trianon avant l'éclat de la lame
    Les chaînes brisées par Victor Schoelcher
    La première photographie
    La boue les rats et les poux
    La découverte de la pénicilline
    Nuit et brouillard
    La bombe atomique
    Musique et cheveux longs
    Toute l'histoire
    pour arriver à ce soir
    de l'an de grâce deux mille douze
    où les fenêtres sont ouvertes
    sur un ciel encore bleu
    où ronronnent les voitures
    dans la chaleur douce
    du printemps
    et où l'on se dit
    avec les yeux
    que l'on se reverra
    c'est sûr
    Mais quand?

    Geraldine

  • Le visage des jours 89

    Quand on me demande de quel pays je viens
    je réponds que je viens du bleu qui danse entre les collines
    de la route qui court au soleil
    des parfums d'aubépine
    du murmure répété de la rivière

    Mais je viens aussi
    des feuilles rousses dans les sous-bois
    de l'herbe offerte à la flamme
    de la terre remuée
    des flaques d'eau grise après l'école
    des flocons sur les feuilles de houx

    Je viens
    de l'abeille et de la luciole
    de l'oiseau et de l'araignée
    du fruit et de la cendre
    du bourgeon et de la poussière
    de la fleur et du caillou

    Je viens d'un pays
    où ce qui commence se finit
    où ce qui se finit commence
    où la vie s'absente dans sa présence
    où la vie se présente dans son absence
    C'est ainsi

    Partout est le nom de mon pays

    Geraldine

  • Dans la petite gare d'Amance

    c'est toujours dimanche

    Que l'on soit lundi -mardi -mercredi -jeudi -vendredi -samedi

    c'est tous les jours

    dimanche

     

    Un train passe

    à six heures du matin

    -à midi trente

    -et très tard le soir

     

    Le ciel danse

    les arbres bougent

    lorsque clignote

    l'oeil rouge

     

    On entend de loin

    ce sifflement

    qui dérange

    le rêve du vent

     

    Puis retombe doucement

    la poussière du silence

    Le temps descend

    Le temps revient chez lui

     

    Il prend le temps

    de cultiver ses fleurs blanches

    entre les rails gris

    Eh oui

     

    Chaque instant change

    même si c'est tous les jours 

    dimanche

    dans la petite gare d'Amance

    ** 

    (Nota Bene:Il est vingt-trois heure trente

    Pour moi il se fait tard

    car je dois prendre mon train

    de la gare d'Amance

     

    Alors

    je vous dis au-revoir

    Peut-être à un autre dimanche

    si vous avez le temps

     

    d'attendre patiemment

    mon retour

    en pays

    aimant)

     

    Geraldine

     

  • Sans titre

    Je suivrai ce chemin
    jusqu'au bout
     
    Qui sait?
     
    Peut-être verrai-je
    fleurir les cailloux
    ...
    Geraldine