deuil

  • La voix intérieure

    Ta voix n'est plus là.
    Et pourtant, elle m'annonce
    dans le silence,

     

    le retour des fleurs,
    le rajeunissement de la lumière,
    le chant des chemins,
    la floraison des roses,
    le jardin ouvert
    sur la maison de vacances.

     

    Ta voix absente
    a mon coeur
    pour demeure.

     

    Ta voix qui s'est tue
    est devenue
    intérieure.

     

    Géraldine Andrée

  • L'éclat de ta voix

    J'entends ta voix
    dans la nuit
    alors que tu nous as quittés
    il y a des années

    Elle possède la clarté absolue
    de ta voix de jadis 
    qui s'allumait
    dans notre vie

    lorsque tes paroles
    couraient
    d'une chambre
    à l'autre

    comme des enfants
    dont le jeu
    se prolonge
    tard
    dans l'ombre

    Ainsi je songe
    en ma longue
    nuit d'aujourd'hui
    que ta voix ressemble

    à cette étoile
    qui nous envoie
    son éclat
    depuis le plus lointain

    des commencements

    alors que son coeur
    indifférent
    à toute mémoire

    s'est éteint
    il y a de cela
    bien longtemps 
    dans le temps noir

    Géraldine Andrée 

  • Le cerceau

    J'ai lâché le cerceau
    tout en haut de la colline
    Il a d'abord hésité
    chancelé un peu

    puis il a pris
    de l'allure
    et il a roulé
    rouge soleil enivré

    parmi le chant des grillons
    le bourdonnement des fleurs
    les feuilles stridentes
    de l'été

    avant de s'éteindre
    quelque part
    dans les buissons gris
    de l'oubli

    J'ai eu mal
    au coeur
    de le perdre ainsi
    des yeux

    J'ai cherché
    cet astre tournoyant
    pour l'inviter
    à remonter le temps


    Mais le vent
    a déplié
    le mouchoir blanc
    d'un nuage

    Et j'ai dit adieu
    à tous les cerceaux rouges
    qui dansaient autour
    de mon enfance

     
    Geraldine

  • L'outre-silence

    Faites-moi entendre
    je Vous en prie
    l'outre-silence
    dans la nuit

    la déclaration d'amour qui attend son heure
    la pensée de l'amie lointaine pour l'amie malade
    la conversation reprise avec l'ombre chère
    le souffle qui soulève doucement le voile

    le carillon de l'espoir à la porte 
    le partage de la note souveraine 
    l'enfance des voix
    le rire d'Annie prolongeant le jour

    le sanglot où le temps refleurit
    et ce mot étoilé
    que nous ne nous sommes pas dit 
    mais que je cherche dans la nuit

    parce que je sais que nous l'avons murmuré 
    en une autre vie

    Geraldine



     Nicolas Jeandot: L'Eveil

  • Les genoux écorchés

    Je rentrais souvent
    de mes longues promenades
    les genoux écorchés
    par les buissons traversés

    Je m'asseyais dans la lumière 
    de la fin du jour
    Tu te penchais alors
    et tu déposais la fleur 

    de ton souffle
    sur mes blessures
    Puis tu disais en riant
    C'est oublié!

    Tu es désormais partie
    pour une longue promenade
    qui durera jusqu'à la fin
    de mes jours

    Je me penche alors 
    sur le coeur  
    de chaque chose oubliée
    par la lumière

    une lettre fanée
    une bille fêlée
    un timbre déchiré
    une étoffe trouée

    Et j'y dépose
    la fleur d'un souffle
    pour oublier la blessure
    de mon coeur

    Geraldine  

  • La fin de la semaine

    Je songe
    que je franchis
    entre l'eau et le ciel
    le pont du village
    puis je dépasse
    la maison de lierre
    la fontaine de pierres brunes
    la haie d'églantines
    le toit rouge de l'école
    l'enseigne de la mairie
    les rires du lavoir

    Je traverse la Grand Place
    en compagnie du vent
    Je saute
    de l'Enfer au Paradis
    sur la marelle joyeuse
     que les enfants
    ont tracée
    sous les marronniers
     Et lorsque j'arrive enfin
    au début du chemin
    constellé de papillons

    je songe en mon songe
    que tu m'attends
    sagement
    dans la lumière blanche
    et que ces longues années
    qui nous ont séparés
    ne furent en vérité
    qu'une semaine de peine
    dont la récompense
    est ce beau dimanche
    habité par ton visage

    Geraldine

  • Les roses du chagrin

    Lorsque j'avais un petit chagrin
    tu me prenais la main
    et tu me disais Viens
    Descendons au jardin
    voir les roses rouges
    qui s'ouvrent

    Tu es partie bien loin   
    Mais les roses rouges
    s'ouvrent chaque matin 
    comme tes mains
    et je vois fleurir mon chagrin
    dans tout le jardin

    Geraldine

  • Le visage des jours 93

    J'aimerais à mon réveil
    retrouver ton ombre
    fidèlement accrochée
    au valet de nuit

    Je m'en vêtirais
    comme d'un tendre gilet
    et je vivrais 
    protégée
    du soleil de la vie

    Geraldine 

  • Le visage des jours 84: Réminiscence

    Les rires 
    ont déjà 
    un frisson
    d'onde
     lointaine 

    Seules
    dansent encore
    quelques lueurs d'or 
    derrière les feuilles

    Mon regard n'ira pas
    plus loin
    que ce pas au bout du chemin
    ce baiser de fin de fête

    Mais si je tourne la tête
    du côté de mon coeur
    je vois la fillette
    d'un temps ancien

    dont mon âme 
    a si longtemps 
    porté
    le deuil

    vêtue d'une robe
    de dentelle
    qui m'attend
    en souriant

    au seuil
    de ma demeure

    Geraldine

  • Le visage des jours 76

    Comme le 
    parfum 
    des fleurs 
    est lourd 
    ce soir
     
    J'ai 
    fermé 
    la grille 
    de la grande 
    demeure
     
    Mon coeur
    est si 
    loin
    que vous ne
    reviendrez point
     
    Geraldine

  • Ambivalence

    Je prends
    et je rends
    le souffle
    à plus grand
    que moi
    Je nais 
    je meurs
    en même temps
    Geraldine

  • Les yeux du Temps

    Elle a jeté

    les papiers jaunis les crayons usés les vieilles preuves

    l'obsession de toutes ces années

     Entrez le Neuf!

     

    Entrez! 

     

    Ce qui était précieux n'est plus. 

    Elle se réjouit

    d'avoir les yeux clairs

    du Temps...

    Geraldine

     

  • Je n'ai pas voulu t'apporter de fleurs

    Mon offrande aurait été banale

    Je te donne un gâteau de céréales

     trois pommes   du chocolat   deux petits biscuits croquants

    même si je sais que tu ne mangeras rien de tout cela

     et que les oiseaux les insectes

     profiteront joyeusement de ce repas

     

    Tu me regardes très longtemps sans me voir

     Sous le verre glacé de ce portrait ovale 

     tes yeux sont si pâles

     ton visage s'efface comme une vieille étoile

    Mon coeur battant    trop vivant

     est exclu du pays de ton sommeil

     

    Soudain

     je relève la tête

     toute engourdie encore

     de chagrin et de rêve

    Un frêle rayon vert 

     s'échappe dans les arbres

     

     Je ne peux m'empêcher

     de penser alors

    que ton âme

    se libère

    de mes larmes

    et de mes prières

     

     Geraldine

     

  • absence...

    Mon cahier me manque.

    Il doit se sentir très seul, lui aussi, dans cette valise égarée à l'aéroport.

    Mon cahier me manque, plus que ma brosse et mon dentifrice. 

    Je suis incapable de dormir et de rêver. Souffle blanc des heures.

    Je laisse la lampe éteinte à mon chevet puisque je ne recevrai pas mon ami.

    J'ai le coeur gercé.  Mon âme traverse la soif profonde du temps, un pays de muette patience. 

    Dites-moi, je vous en prie, où sourit le visage des mots...

    Mon stylo attend, lui aussi, comme un orphelin.

    Mon stylo sans mon cahier n'est rien. 

    Rencontrer d'autres pages?

    J'ai essayé... au nom d'un espoir fou.

    Ce matin, sur le marché aux mille couleurs, j'ai acheté un bloc de feuilles très fines.

    Mais le carton jaune de ce dernier n'a pu rivaliser avec le cuir doré de mon cahier.

    Et ma plume s'assèche.

    Irrémédiablement, elle s'éloigne en amante déçue,

                de ce grain de peau inconnu.

     

    Geraldine