souvenir

  • Je donnerais cher

    Je donnerais cher
    Peut-être
    La jeunesse
    Qui me reste

     

    Pour retrouver
    Les pluies
    D'orage
    Autour

     

    De la maison
    De mon enfance
    Le tintement
    De leurs gouttes

     

    Sur les pierres
    Blanches
    Et fines
    Qui menaient

     

    A la sonnette
    Cristalline
    De la porte
    D'entrée

     

    Géraldine Andrée

  • Le miroir ovale

    Il paraît que le miroir s’est brisé là-bas, tu sais, le petit miroir ovale au cœur de la chambre bleue qui donnait sur le quartier chrétien.
     
    Quand j’ai appris cela, j’ai cru que mon visage s’était brisé en mille morceaux. Et j’ai passé ma main sur mon menton, ma bouche, mes joues, mon nez, mes yeux, mon front.
     
    Mon visage est là ; rien ne manque ; je sens même sous mon index quelque chose de plus, une ridule entre les deux sourcils, le pli du doute ou du souci, on dit.
     
    Mais le miroir ovale, lui, s’est brisé là-bas.
     
    Souviens-toi : j’y voyais le lit, la chaise de bois, la robe de printemps dépliée pour la soirée pendant que dehors, s’élevaient les voix des marchands de dattes et d’encens.
     
    Tout le verre a volé en éclats.
     
    Il faudrait rassembler ces nombreuses étoiles minimes pour retrouver notre temps de lumière.
     
    Mais il ne me reste que des fragments de mémoire
    comme miroir.

    Géraldine Andrée

  • La pierre de l'enfance

     Numériser0007.jpg

    Cette pierre
    ronde,
    chaude et dorée
    dans la lumière,

    étoilée des notes
    de la menthe
    qui chante
    dans le vent,

    et autour de laquelle
    les fourmis
    s'affairent
    en traçant

    dans la terre
    sombre
    une ronde
    de silence,

    je l'ai déjà touchée,
    quand j'y pense,
    toute seule,
    réfugiée

    en mes songes,
    lorsque j'avais l'âge
    très ancien
    de l'enfance

    du monde.

    Géraldine Andrée

  • L'éclat de ta voix

    J'entends ta voix
    dans la nuit
    alors que tu nous as quittés
    il y a des années

    Elle possède la clarté absolue
    de ta voix de jadis 
    qui s'allumait
    dans notre vie

    lorsque tes paroles
    couraient
    d'une chambre
    à l'autre

    comme des enfants
    dont le jeu
    se prolonge
    tard
    dans l'ombre

    Ainsi je songe
    en ma longue
    nuit d'aujourd'hui
    que ta voix ressemble

    à cette étoile
    qui nous envoie
    son éclat
    depuis le plus lointain

    des commencements

    alors que son coeur
    indifférent
    à toute mémoire

    s'est éteint
    il y a de cela
    bien longtemps 
    dans le temps noir

    Géraldine Andrée 

  • La route flamande

    Je revois
    le reflet des arbres dans l'eau
    la lumière qui tremble
    lorsqu'elle tombe des nuages

    et il me semble  
    que mes jours
    couleront toujours
    parallèles à ce canal

    Puis tout change
    Je me demande
    si je n'ai pas rêvé ce paysage
    si ce paysage ne m'a pas rêvée

    Peu importe
    La route flamande
    va son chemin
    à travers les arbres la lumière les nuages

    et poursuit 
    sa longue vie

    le long
    de l'eau

    Geraldine

  • Le visage des jours 64

    art, poesie, amants, nostalgie, souvenir

    Un chemin bleu
    qui longe le temps
    Je m'y attarde
    Je suis longtemps
     
    les parfums du vent
    les ailes des insectes
    les voix en promenade
    les mots aimants
     
    Mais le chemin bleu
     mène-t-il
    à cette joie tranquille
     derrière les arbres?
     
    Le temps me dépasse
    et mon rêve hélas
    seul s'attarde 
     dans le tableau
    ...
     
     
    Geraldine
     
  • Grand Père

     

    souvenir,nostalgie

    Là-haut 
    tu as sûrement gardé
    ta longue moustache
    ta chevalière ronde
    ton gilet noir aux boutons d'argent
     
    Un nuage passe
    Tu me salues avec ton gant 
    Geraldine
  • Quelque part

    en Moldavie dans un temps absolu

    il existe au coeur d'un petit village

    une petite maison que l'on reconnaît à l'un de ses volets cassés

    Une charrette remplie de foin attend au bord du chemin

    Quelques poules au plumage rouge se dandinent  

    A la lisière de la terre et de l'herbe une fillette -la jupe levée jusqu'aux genoux- cherche cet insecte vert qu'elle a vu passer tout à l'heure

    Un matou gris s'étire dans un rayon de soleil

    Près du puits trois enfants rient et taquinent un gros chien

    Au seuil de la porte sèche une paire de bottes   

    Dans le temps absolu de la Moldavie

    il existe des bruits étoilés de silences

    une vieille femme pose son seau sur le banc de bois  se frotte les mains au coin de son tablier puis s'avance

     souriante dans son foulard fleuri noué autour de la tête

    On entend alors carillonner ces phrases en roumain 

    Le pain et le chou sont chauds! Vous en mangerez bien?

    Geraldine



     B'beit Hatzayar, Ora Bat Cheim par Giorno Feidman

  • Ce que tu perçois et qui ne dure pas:

    Numériser0011.jpgun vol d'abeille

    un pétale sur la nappe

    le murmure de l'arbre 

    le profil de l'amante  

    un foulard dénoué

    le rayon blanc de la nuque

    une mèche autour du doigt

    la peau d'un fruit

    un parfum sur le poignet

    quelques gouttes dans un vase

    la pluie au bord du toit

    l'encre d'un mot

    l'allumette que l'on craque

    le pépin sur la langue

    l'éclat d'un rire 

    puis le visage

    dans les mains

     

    Le présent

    est déjà passé

    Seul

    demeure

    le regard

    de la mémoire

    Geraldine

     


     

    Chopin interprété par Arthur Rubinstein; Nocturne n°5; Les Zéphyrs

     

  • Conversation

    Là-bas

     de Qui parle-il?

    Sa voix est-elle toujours

    aussi douce?

     

     Ô mes feuilles

     bruissant

    de joie

    dans le jour!

     

     Dites-moi,

    parle-t-il encore

    de Nous aujourd'hui

    comme s'il était ici?

     Geraldine

  • Je n'ai pas voulu t'apporter de fleurs

    Mon offrande aurait été banale

    Je te donne un gâteau de céréales

     trois pommes   du chocolat   deux petits biscuits croquants

    même si je sais que tu ne mangeras rien de tout cela

     et que les oiseaux les insectes

     profiteront joyeusement de ce repas

     

    Tu me regardes très longtemps sans me voir

     Sous le verre glacé de ce portrait ovale 

     tes yeux sont si pâles

     ton visage s'efface comme une vieille étoile

    Mon coeur battant    trop vivant

     est exclu du pays de ton sommeil

     

    Soudain

     je relève la tête

     toute engourdie encore

     de chagrin et de rêve

    Un frêle rayon vert 

     s'échappe dans les arbres

     

     Je ne peux m'empêcher

     de penser alors

    que ton âme

    se libère

    de mes larmes

    et de mes prières

     

     Geraldine

     

  • Ex

    Je sortais de la librairie

    lorsqu'il m'a semblé

    croiser ton regard

    dans un rayon de soleil

     

    J'ai fermé les yeux surprise

    Quand je les ai rouverts

    la rue s'avançait

    calme et lisse

     

    Maintenant j'erre

    dans ma journée

    envahie par 

    une vague tristesse

     

    un peu comme si

    je m'étais quittée

    et que je me regardais

    de très 

                 loin

     

    Geraldine