temps

  • Le présent

    Le présent
    Aile de papillon
    Qui ponctue
    D'étincelles
    Le temps
    Juste
    Pour tenir
    En éveil
    Nos yeux
    D’enfant

     

    Géraldine Andrée

  • Pommes de pin

    Je loue
    la bonne
    saison
    qui sème
    les pommes
    de pin
    sur le chemin

    Et je célèbre
    la louable
    divine
    intention
    qui les destine
    à la paume
    de nos mains

    Géraldine Andrée

  • Je donnerais cher

    Je donnerais cher
    Peut-être
    La jeunesse
    Qui me reste

     

    Pour retrouver
    Les pluies
    D'orage
    Autour

     

    De la maison
    De mon enfance
    Le tintement
    De leurs gouttes

     

    Sur les pierres
    Blanches
    Et fines
    Qui menaient

     

    A la sonnette
    Cristalline
    De la porte
    D'entrée

     

    Géraldine Andrée

  • Rien ne change

    Rien ne change :
    de siècle
    en siècle,
    chaque jour

    jusqu'à
    aujourd'hui,
    le vent respire
    dans le feuillage,

    et c'est un grand
    frisson
    qui s'élargit
    encore,

    se propage
    au-dessus
    des frondaisons,
    là où seuls

    les oiseaux
    vont,
    dans l'espace
    d'or...

    Quel est l'âge
    de ce souffle
    immense ?
    Je ne sais.

    Mais écoute
    comme le vent
    respirera
    après nous,

    de la même
    façon
    qu'en ce jour
    où nous nous sentons

    si vivants !
    Et d'autres
    amants
    que nous

    l'entendront
    et diront
    que rien
    ne change :

    il y aura toujours,
    de siècle
    en siècle,
    le halètement

    du vent
    dans le feuillage,
    éternel
    enfant

    espiègle
    qui se cache
    pour désobéir
    au temps.

    Géraldine Andrée

  • La lampe de chevet

    Allumer
    la lampe
    de chevet
    après

    six
    longs mois
    d'absence
    et retrouver

    comme
    pendant
    les grandes
    vacances

    son éclat
    de rose
    blanche
    bien éclose

    en cette
    froide nuit
    du solstice
    de décembre...

    Géraldine Andrée

  • Le présent

    Chaque fois que je rentre chez moi, le soir, je vois que le temps a déposé par terre un petit présent d'or, un pétale de soleil que de sa main d'ombre ensuite il me reprend, pour me l'offrir encore le soir suivant.

    Géraldine Andrée

     
    Journal

  • Le jour absolu

    Aujourd'hui est un jour absolu:
    bien sûr, ton regard a déjà suivi
    ce mouvement des nuages d'ouest en est:
    mais cette coïncidence

    de la goutte d'eau et de la note de mésange,
    cette rencontre entre deux instants,
    tu ne l'as pas vécue hier,
    tu ne la vivras pas nécessairement demain;

    c'est un prodige à vivre maintenant
    et qui abolit tous les autres temps:
    c'est pour cela, oui,
    que le jour absolu est
    Aujourd'hui.

    Géraldine Andrée

  • La voyageuse nocturne

    Je descendrai mes bagages alors que les lampes s'allumeront et que la casserole fumera.

    Je verrai la clarté blanche de la lune se refléter dans le pare-brise du taxi.

    Jusqu'à la gare, noire sera la Départementale 23.

    Au moment de composter mon ticket dans le hall, je sentirai glisser près de mon coeur le serpent d'un courant d'air. Je ferai donc un deuxième noeud à mon écharpe. Le train sera très vite annoncé.

    Dans le compartiment D, brilleront des lampes brunes qui n'éclaireront pas vraiment.

    Je n'aurai besoin de rien -ni de lire, ni de dormir; je tiendrai entre mes mains la tasse en plastique d'un café sur lequel je soufflerai sans me rendre compte qu'il aura tiédi.

    Je ne serai plus ici; je ne serai pas encore là-bas; petit point mobile entre deux points. Le train roulera très vite; je ne reconnaîtrai pas le moindre endroit; peut-être à la rigueur le pays de Causses qui me fera signe en étoilant la vitre de ses gouttes de pluie.

    Je dormirai brièvement, d'un sommeil sans rêve, habité par la seule douleur de ma nuque mal positionnée.

    Au petit matin, sur le quai de la gare d'arrivée, ma vue sera un peu brouillée; je ne reconnaîtrai pas davantage ton pays. Cela fait si longtemps... songerai-je.

    La lune me paraîtra lointaine dans le ciel blanc et lorsque je m'approcherai du taxi, je verrai dans le reflet du pare-brise que le jour aura congédié la nuit.

    De toutes jeunes fleurs auront poussé au bord de la petite Départementale 5.

    Le taxi rentrera si rapidement dans le Domaine qu'il me semblera voir l'allée s'élancer comme une enfant vers moi: elle me sera nouvelle même si j'y ai cheminé bien des fois.

    Quand le taxi s'en sera retourné, j'entendrai mes pas résonner sur les pierres de l'escalier -juste avant la sonnette, le baiser, la surprise peut-être de te trouver changée;

    et toi aussi, sans doute, tu confondras vieillesse et fatigue car le voyage de nuit aura creusé la ride que j'ai au coin de la bouche.

    Ce n'est pas grave... Tu me prendras le bras et tu me diras: viens boire une tasse de café chaud.

    Je poserai mes bagages dans le corridor. Les lampes seront allumées et la casserole fumera, comme hier encore.

    Qu'importe l'endroit; qu'importe le domaine:

    Ce n'est pas le temps qui passe; c'est nous qui passons dans le temps, toujours nous précédant et nous suivant nous-mêmes.

    Géraldine Andrée

  • Unique

    Chaque jour,
    et pour un jour seulement,
    remplir la carafe d'eau claire,
    faire lever le pain,
    tenir la main de l'enfant jusqu'à l'école,
    lui apprendre des mots nouveaux,
    dire bonjour à la voisine,
    arroser les roses,
    nourrir la mésange,
    poser un panier de fruits au chevet de l'ami,
    écrire une page de son journal.

    Chaque jour,
    et pour un jour seulement,
    vivre.
    Demain, sans doute,
    on remplira à nouveau
    la carafe d'eau claire
    et on fera lever le pain
    dans cette lumière
    qui, quoi qu'il arrive,
    aura toujours l'âge
    d'un seul matin.

    Géraldine Andrée

  • Sans titre

    J'aime traverser la place par jour de grand vent.
    L'air, alors, se mêle à la lumière pour me laver du poids du temps.

    Géraldine Andrée

  • On m'a dit

    Numériser0005.jpg
    que tu n'étais plus très loin...

    Mais où es-tu? Es-tu encore sur la route de la Croix Saint-Claude ou es-tu arrivé à la place de la fontaine ronde?

    Quand viendras-tu?
    Combien d'aubes blanchiront-elles le bord des dentelles avant que je ne te voie apparaître?
    Déplierai-je vraiment la nappe de roses dimanche prochain? Ou me faudra-t-il ramasser les feuilles mortes d'une saison de plus?

    Annonceras-tu ta venue ou t'entendrai-je monter l'escalier de pierre de manière impromptue  -alors que j'ourlerai un tissu?

    Je ne sais...

    On m'a dit que tu n'étais plus très loin, désormais.

    Aussi, je me perds en conjectures, en hypothèses obscures...

    Je ne cesse d'interroger le silence
     et je n'entends plus les petites voix qui m'appellent
    pour une partie de cartes au soleil...

    Ne serait-ce pas moi
    qui m'éloigne doucement,
     en mesurant combien
    tu es loin de moi?

    Géraldine Andrée

    Image: Albert Marquet (1875-1947); La Varenne-Saint Hilaire 

  • L'heure du soir

    De toutes les heures,
    je préfère celle du soir
    quand le temps se mesure
    à la fréquence des lueurs
    qui tremblent,

    au crépitement du chant
    des grillons dans l'ombre,
    au souffle court
    du vent qui reprend
    haleine derrière le volet,

    et surtout, mon amour,
    j'aime l'heure du soir
    car je te retrouve
    en enjambant
    les silences.

    Géraldine Andrée

  • La patience

    Etre patiente,
    c'est t'asseoir
    à ta coiffeuse

    et te démaquiller
    avec quelques
    gouttes

    d'eau de rose
    à l'approche
    du soir

    en faisant
    confiance
    à la main

    du Temps
    qui dépose
    doucement

    devant le miroir
    chaque chose
     encore

    invisible
    à ton regard,
    jusqu'à ce que 

    ton heure
    soit enfin
    éclose

    et que tu puisses voir
    les belles choses
    du jour

    avec tes yeux
    âgés
    du seul

    instant
    de ton
    regard.

    Géraldine Andrée

  • Fin de lecture

    Dernier mot
    de la dernière phrase
    sur la dernière page

    Lentement
    je referme
    le livre

    J'en suis toujours
    au même
    jour

    dans le grand
    ouvrage
    du Temps

    Et pourtant
    je ne suis plus
    la même

    Géraldine Andrée 

  • Il est des réveils

    Il est des réveils où je n'ouvre pas de suite les rideaux, où je retarde le moment du soleil, de ses parfums et de ses bourdonnements...
    Il est des réveils où je prolonge avec délice l'attente dans l'ombre
    -comme au matin d'un jour de fête, lorsqu'on ne défait pas encore le papier du présent offert,
    car l'on sait qu'une fois ce présent dévoilé, on aura basculé de l'autre côté de la fenêtre du temps,
    celui du plaisir achevé.

    Géraldine Andrée

  • Au fil de la voix

     

    temps,nostalgie,espoir,partge,complicite

    Je me souviens de cette promenade
    Nous nous sommes assises au bord de la rivière
    et là où l'eau est à fleur de terre
    nous avons joué avec nos index
    à dessiner des cercles de plus en plus grands
    pour qu'ils se touchent avant de disparaître

    Nous avons parlé de tous les possibles
    L'amour peut-être
    les découvertes
    l'éventualité si douce
    de se retrouver un jour comme ce jour d'été
    sans que nos yeux aient changé

    Nous n'étions certaines de rien
    mais nous y croyions tout de même
    Oui je me souviens de ce temps clair
    où l'une pouvait se voir
    dans les mots de l'autre
    pendant que la rivière 

    glissait dans
    la lumière
    -emportée par le murmure
    de son propre courant

    Géraldine Andrée

    Image: Une Baignade à Asnières, 1883-1884, de Georges Seurat  

  • Annie

    Tu croyais qu'Annie
    serait toujours là
    courant riant
    comme une joyeuse évidence

    Tu croyais en l'éternité
    de votre enfance
    Mais Annie a ri et couru
    si loin qu'elle a disparu

    tout petit point de silence
    au bout du temps
    Désormais le temps
    martèle cette évidence

    Annie ne reviendra pas
    Et tu aurais dû prendre
    conscience au moment
    où il était encore temps

    des jours fragiles
    d'Annie
    du bleu pâle
    de votre joie

    et de son rire
    dont les étoiles
    brillaient alors
    qu'elles étaient déjà

    éteintes
    Tu n'aurais pas dû
    croire aveuglément 
    en l'éternelle 

    présence d'Annie
    Tu aurais ainsi
    regardé
    plus longtemps

    dans votre miroir
    commun
    l'évidente ressemblance
    de vos visages

    qu'une courte
    éternité 
    rapprochait
    -toute

    entière
    contenue
    dans l'évidence
    d'un seul nom

    qui t'aurait
    pour toujours
    unie
    à Annie 

    Enfance

    Géraldine Andrée 

  • Le visage des jours 94: Toute l'histoire

    La danse des fresques rupestres autour de la flamme
    Les noces incas du sang et du soleil
    L'assassinat de Jules César
    Le rêve à portée de ciel des cathédrales
    Les chants perdus dans la poussière des Croisades
    Les conquêtes de Charles Quint
    L'évidence que la terre tourne
    La liberté qui s'écrit contre tous les fanatismes
    Les belles soirées du Petit Trianon avant l'éclat de la lame
    Les chaînes brisées par Victor Schoelcher
    La première photographie
    La boue les rats et les poux
    La découverte de la pénicilline
    Nuit et brouillard
    La bombe atomique
    Musique et cheveux longs
    Toute l'histoire
    pour arriver à ce soir
    de l'an de grâce deux mille douze
    où les fenêtres sont ouvertes
    sur un ciel encore bleu
    où ronronnent les voitures
    dans la chaleur douce
    du printemps
    et où l'on se dit
    avec les yeux
    que l'on se reverra
    c'est sûr
    Mais quand?

    Geraldine

  • Le visage des jours 92

    Comme elles sont parfumées
    les fleurs
    de juillet!

    Elles passeront.

    Il virevolte
    le papillon sonore
    de ton rire!

    Il passe déjà.

    Que demeure
    la douceur
    d'aimer!

    C'est passé.

    Et les souvenirs?
    Les regrets?
    Les remords?

    Ils dureront
    aussi longtemps
    que tu voudras rattraper

    le temps passé.

    Geraldine

  • Le visage des jours 86

    Numériser0002.jpgIl nous semble parfois
    que la lumière vient de plus loin que le soleil
    le chant de plus loin que l'oiseau
    le parfum de plus loin que la fleur
    le reflet de plus loin que l'eau
    l'objet de plus loin que la main
    la présence de plus loin que l'ami
    et qu'il existe un matin
    avant le matin

    Geraldine

    Image: Vincent van Gogh; Branche fleurie d'amandier, 1890

  • Le visage des jours 78

    De moi à Moi                                                                                                                           

                                                      Ici

                                                      Dix-neuf février

                                                       Dix-neuf heures

     

             Chère mémoire d'un instant

     

    J'écoute l'Allegretto de la Symphonie n°7 de Beethoven
    Le soir est bleu

    A droite du troisième clocher face à ma fenêtre
    une seule étoile brille

    Est-ce la nuit qui me regarde
    ou moi qui regarde la nuit?

    Geraldine


    Musique: Beethoven; Symphonie n°7 en A majeur; mouvement Allegretto; dirigé par Herbert von Karajan

     

  • Le visage des jours 68: La maison de vacances

     

    nostalgie, retrouvailles, temps

    Il suffit de fermer les yeux pour que s'ouvre la grille de la maison de vacances

    Le bleu du ciel coule entre les branches La vigne bourdonne

    Sur le petit sentier le chat décédé revient en miaulant

    Au soleil la bicyclette attend sa promenade parmi les menthes folles

    Les fleurs ont été fraîchement arrosées

    Les joues des tomates sont rouges cette année

    Sous la tonnelle la brise feuillette le journal du jour

    La cloche tinte Il est temps encore

    Et une main espiègle s'approche de la corbeille...

    Dans la noire nuit présente 

    il suffit de fermer les yeux

    pour s'éveiller en la petite éternité

    de la maison de vacances

     

    Geraldine

     

  • Le visage des jours 65

    Je n'ai jamais pu m'habituer aux choses qui se brisent

    L'anse d'une tasse de thé

    Le verre d'un portrait ancien

    Une bille contre un caillou

    Un rire

    Une histoire à peine vécue

    Un rêve interrompu par la cloche de l'étude

     

    Et la lumière fidèle du mois d'août?

    Le déjeuner constellé d'ailes et de notes?

    Le partage radieux des heures?

    Les voix mêlées?

    Qui aurait songé à ce froid petit matin

    où nous précipitâmes notre départ

    loin -très loin?

    Geraldine


  • Le visage des jours 58

    Je revivrai 
    toutes mes nuits
    -jusqu'à cette nuit 
    où l'Ami 
    se tint si près
    de la flamme 
    de mon chevet 
    que je vis 
    mon âme
     
    Geraldine

  • Le visage des jours 53

    Il neige
    de la poussière
    sur les cadres
    les miroirs
    les coussins
    les chaises
    les tables
    les bougeoirs
    les lampes
    de la vie d'avant
     
    Il neige
    que l'on soit
    en juillet
    ou en décembre
    l'horloge 
    du salon
    compte
    les flocons
    d'une éternelle
    saison
     
    Et toi 
    tu éprouves
    en passant
    la douce 
    joie 
    d'écrire
    avec ton pouce
    insouciant
    le nom des gens
    sur les choses
     
    même s'il neige
    du Temps
    ...
     
     
    Geraldine
     
     

  • Le visage des jours 40: L'adieu

    La seule question
    que je me pose
    Quand?
     
    Combien de saisons
    Combien de roses
    encore?

    Geraldine

  • Le bouquet délié

    L'heure 
    ouvre sa main
    et ses fleurs
    tombent dans mes mains
    Geraldine

  • Les yeux du Temps

    Elle a jeté

    les papiers jaunis les crayons usés les vieilles preuves

    l'obsession de toutes ces années

     Entrez le Neuf!

     

    Entrez! 

     

    Ce qui était précieux n'est plus. 

    Elle se réjouit

    d'avoir les yeux clairs

    du Temps...

    Geraldine

     

  • Rendez-vous

     

    Numériser0023.jpg

    Je te donne rendez-vous à l'heure où l'air sonne doux...

    Si tu es ponctuelle, tu entendras tinter le carillon et les tasses que l'on dispose sur la table de la terrasse.

    Les poissons fileront dans le bassin comme des étoiles d'argent.

    Des ailes frémiront dans le vert des feuilles et la brise accrochera son rire de soie aux branches.

    La chatte sautera pour attraper l'abeille... 

    Au début de la promenade brillera un caillou singulier: la bille préférée de Jeannette! 

    Sous le pommier Claire laissera en cadeau son cerceau, alliance des enfances retrouvées.   

    Dans le ciel flânera un petit nuage -souffle échappé sans doute des lèvres d'Anne la rêveuse...

    Et c'est Tout.

    L'air sonnera doux

    à l'heure de notre rendez-vous.

    Mais l'encre du paysage

    bouge...

    Je vois danser derrière la grille

    ta robe rouge...

    Et soudain, le tableau change...

    Tu es venue en avance!

    Geraldine 

  • Ce que tu perçois et qui ne dure pas:

    Numériser0011.jpgun vol d'abeille

    un pétale sur la nappe

    le murmure de l'arbre 

    le profil de l'amante  

    un foulard dénoué

    le rayon blanc de la nuque

    une mèche autour du doigt

    la peau d'un fruit

    un parfum sur le poignet

    quelques gouttes dans un vase

    la pluie au bord du toit

    l'encre d'un mot

    l'allumette que l'on craque

    le pépin sur la langue

    l'éclat d'un rire 

    puis le visage

    dans les mains

     

    Le présent

    est déjà passé

    Seul

    demeure

    le regard

    de la mémoire

    Geraldine

     


     

    Chopin interprété par Arthur Rubinstein; Nocturne n°5; Les Zéphyrs